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 Phase N°2 : Sombres politesses (Rose Abscium, Esmeralda, Houx, Tarrant)

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MessageSujet: Phase N°2 : Sombres politesses (Rose Abscium, Esmeralda, Houx, Tarrant)   Sam 10 Oct - 22:19

Torquato Tasso était assis, les jambes croisées, sur une chaise de fer aussi froide que rouillée. Sa tenue impeccable contrastait avec les lieux décrépis, mais l'homme semblait parfaitement dans son élément. Le caveau était gigantesque, quatre fois plus vastes que la salle de bal qui faisait la fierté de la Clock Tower. A croire qu'il avait été creusé pour accueillir la dépouille d'un titan. Ici, dans ses entrailles, tout n'était que secrets et obscurité. Les Quatre Saisons de Vivaldi résonnait au loin, des mètres au-dessus. Les murs suintaient d'humidité, jusqu'à faire pleurer les statues s'alignant jusqu'au bout de la pièce. Ces sentinelles rocheuses étaient façonnées à l'image d'artistes oubliés depuis des siècles, certaines étaient même si endommagées qu'elles n'avaient plus rien d'humain. Elles surveillaient chacune une tombe richement décorée. Et sur chaque tombe, une silhouette se dressait dans la pénombre.

-"Cher Jean-Sébastien Bach, pouvez-vous m'indiquer l'heure, je vous prie ?"

La voix de Torquato Tasso s'éleva parmi le silence, en échos derrière son masque blanc balafré d'une croix rouge. A sa gauche, juché sur l'une des sépultures, un individu au masque de pierre regarda l'horloge en bois qu'il tenait précieusement dans ses bras, tel un nouveau-né. Il répondit avec sérénité :

- "Minuit, monsieur. Le Temps ne ment jamais."


- "Bien, c'est parfait. Mes estimés amis, le jugement sera rendu. La réponse que nous attendons tous avec la patience qui sied à notre rang est sur le point de faire son entrée. Maestro ?"


A peine le gentleman avait-il prononcé ces mots qu'une mélodie s'éleva et que des centaines de torches s'embrasèrent. Le caveau s'illumina comme un plein jour, d'une chaleur crépitante qui fit s'envoler des dizaines de papillons nocturnes.


Houx, Rose Abscium, Tarrant et Esmaralda furent éblouis. On venait de les faire pénétrer dans la pièce immense, et ils se tenaient devant l'interminable allée, bordée de mausolées et d'effigies. Toujours dans leurs tenues de soirées et affublés de leurs masques, les quatre invités d'honneur se découvrirent. Au fond du caveau, un vitrail magnifique s'étalait. Des lierres grimpaient sur le verre et couvraient en partie l'image, mais la scène semblait reconstituer l'adieu d'une dame à un preux chevalier. Torquato demeurait juste en-dessous du vitrail, à côté d'une... potence.

L'installation était poussiéreuse, mais paraissait opérationnelle. Une corde pendait tristement au manche de bois. Depuis tout à l'heure, la mélodie jaillissait d'un piano voisin, maîtrisé d'un main de maître par une femme hautaine, drapée de noir et d'argent. C'était une des Maudites, qui avait déjà fait la connaissance de Rose Abscium et d'Houx. Elle jouait un air qui ne correspondait pas à sa sinistre apparence : il instillait l'espoir, la bravoure et l'innocence. Torquato Tasso éleva la voix au-dessus de la musique.

- "Je vous félicite avec tous les égards qui vous reviennent, jeunes gens. Soyez certain que la moindre de vos craintes en ce qui concerne ce lieu et notre assemblée ne doit se muer en terreur, vous êtes en sûreté et je m'en porte personnellement garant, en la qualité d'humble organisateur du Bal d’Été. Chacun d'entre vous est parvenu à faire preuve des marques les plus essentielles et élémentaires, celles qui prédestinent à la tenue d'une vie pure et juste. Mais assez de mystères pour ce soir, chers invités. Vous avez été choisi par notre honorable société pour subir un test, avec à la clé une réponse. Celle-ci sera précieuse, autant pour vous que pour l'héritage que nous représentons tous. Appliquez-vous, je vous le demande respectueusement ! Si vous ne désirez pas prendre part à l'épreuve, nous le comprenons. Faites-le nous savoir, et l'un des confrères vous guidera jusqu'à l'air libre."

L'atmosphère du caveau était en effet suffocante. Mais aucune des personnes rassemblées ne cillait, le dos droit, la stature digne. Ils étaient une vingtaine à flanquer l'allée. Les quatre invités purent reconnaître des personnalités qu'ils avaient déjà croisés ou aperçus au cours du bal. Soudain, la Maudite cessa de jouer. Le piano se fit muet. Torquato Tasso claqua des mains, et les portes en acier s'ouvrirent pour laisser entrer un cortège : deux gentilshommes encerclaient une femme, menottée. Les trois individus passèrent à côté des invités d'honneur, puis s'arrêtèrent un peu plus loin.

La dame entravée était splendide. Elle portait une robe rouge et bleue très élégante, ainsi qu'un diadème posé délicatement sur ses cheveux roux. Elle tourna son masque finement sculpté de cristal vers la potence, en soupirant. Les deux gardes secouèrent ses manches, laissant tomber des cartes à jouer. La belle avait manifestement triché, et elle avait été prise.

- Judith, ma chère, nos règles sont très claires. Le châtiment qui vous attends est la conséquence de vos actes, que votre âme s'en souvienne à jamais,
énonça cordialement Torquato.

En coeur, l'assemblée distinguée reprit la formule. Judith baissa la tête. L'organisateur du bal se leva de sa chaise, la traîna hors du chemin menant à la potence, et alla rejoindre le piano. Il fit un signe de tête à la Maudite. La grande femme eut un sourire sardonique dont les ondes se devinaient à travers le masque. Une musique effrénée retentit alors dans le caveau solennel.


Sur un autre signe de Torquato, un vieil homme vint se placer face aux quatre invités d'honneur. Sa longue barbe blanche imposait le respect dû aux aînés.

- Je me nomme Juvénal, rugit l'homme. Ecoutez attentivement ce que je vais vous conter, ceci est l'épreuve qui vous est imposée ! Surmontez-là ou pliez l'échine, jeunes gens. Trois mots sont à connaître, trois mots qui font l'excellence de l'être-humain, trois mots qui mériteraient d'être scandé par les étoiles. A vous d'en deviner la teneur ! Chacun de vous aura le droit à une proposition de lettre. Si la vérité est avec vous, la félicité vous accompagnera également. Cependant, à chaque erreur, dame Judith avancera inexorablement vers son châtiment. J'en ai terminé. Bonne chance à vous, de tout coeur.

Juvénal s'écarta, et des dizaines de regards inquisiteurs fixèrent les quatre participants. On invita Rose Abscium à s'exprimer la première, suivie de Esmeralda, puis de Houx et enfin de Tarrant. L'épreuve avait débutée, au milieu de la rapide mélodie, face à la potence et au sort terrible qui se jouait dans ces bas-fonds, à des lieues de la surface. La Clock Tower avait-elle encore de sombres secrets à livrer ? Seuls sauront ceux qui réussiront.
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Emily
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MessageSujet: Re: Phase N°2 : Sombres politesses (Rose Abscium, Esmeralda, Houx, Tarrant)   Dim 18 Oct - 22:23

Quel carnage ! Oui ! Je vois déjà le flot de sang invisible gicler des plaies verbales que je venais d’infliger à mes détracteurs. On ne se frotte pas aux ronces sans conséquences, mesdames, sachez-le, notez-le, apprenez-le, je ne vous mettrai plus en garde dorénavant ! Mes paroles semblent les avoir troublées, désarçonnées ? Tant mieux ! Si mes mots acérés comme des poignards ont trouvé leur cible, c’était le but recherché. Je suis prête à affronter le second round, souriant de toutes mes canines acérées.

Soudain, un homme s’interpose à notre querelle, brisant le cercle si parfait des Maudites et de leur fidèle violoniste. Qui est donc ce fou pour oser se placer sur le frêle chemin entre mes adversaires et moi-même ? Baissant ma garde un instant, me décrispant, j’observe le nouveau venu. Ses cheveux sont bardés de ronces, comme les miens ! Il a bon goût ! Je m’enthousiasme vraiment pour un rien. Cet infime détail me fait me sentir proche du nouveau venu, et j’ai l’impression de le connaître un peu. C’est pourquoi je ne râle pas lorsqu’il prend ma main pour l’embrasser délicatement :

- "Jolie demoiselle, si les sabliers de mon bon ami Bach m'avaient laissés plus de temps, cela aurait été un honneur et un plaisir pour moi d'être le miroir de votre beauté : des éloges naissent à chaque regard que je porte envers votre ravissante personne. Hélas, une mission m'a été confiée. Je ne serais donc que le soleil illuminant vos pas jusqu'au lieu où vous êtes gracieusement invitée."

C’est incroyable ce que les mots peuvent avoir comme effet. Après la violence de l’affrontement verbal, je me sens déjà plus calme et plus sereine une fois nourrie de cette jolie tirade, non sans rougir… C’est vrai qu’il sait s’exprimer, c’est indéniable. Je viens également d’avoir le droit à un torrent de compliments. Après les piques de braises des Maudites, cet instant réconfort est le bienvenue. Mais la brume d’euphorie s’évapore rapidement. Après avoir tenté de scruter les yeux dissimulés par ce masque d’ébène,  je pousse un soupir, à la fois mélancolique et soulagée, prête à suivre mon nouveau guide à travers le dédale de ce fantastique lieu de réception. Me détournant des trois harpies qui avaient cherché des ennuis, j’entends l’une d’elle siffler le nom d’emprunt de l’homme venu me chercher : Molière. Ce dernier coupe net la réclamation qui lui est demandé :

-"Je suis navré de vous interrompre, puissantes et enivrantes dames, mais Torquato Tasso ne souffrira d'aucun retard, et nous étions tous parfaitement d'accord sur la hiérarchie qui régit actuellement notre agréable Bal d’Été. Il attends."

Mon sourire ne s’élargit que d’avantage, mais je reste dos aux Maudites. Leur montrer mon alégresse serait une provocation, hors, ce n’est pas moi qui ai lancé hostilités ! Je suis juste ravie de pouvoir me sortir de cette situation si rapidement et non sans une certaine aisance.
Sans traîner d’avantage, je m’extirpe du piège à loup, ma main dans celle de Molière. Nous traversons la salle de bal, jusqu’à franchir de nouveau les grandes portes par lesquelles j’étais arrivée. Nous nous retrouvons alors dans l’immense couloir de la Clock Tower. Tandis que je suis mon guide avec application, je me laisse aller à certaines spéculations sur la nouvelle étape de cette soirée. Il parait qu’un certain Torquato Tasso m’attend. Je me demande ce qu’il veut savoir, si je serai seule. Je ne pense pas que mon comportement ait posé un quelconque problème. Molière est très rassurant, même si en ce moment même, il m’emmène vers les entrailles de la terre. Je pense que nous sommes en sous-sol et déglutis. Cette perspective ne m’enchante guère, mais je ferai avec !

Les douze coups de minuit retentissent et enfin, nous arrivons devant une immense porte que Molière m’invite à franchir. A l’intérieur, tout est noir, sombre, et la porte se referme derrière moi. C’est à peine si j’ose respirer faiblement. Il y a d’autres personnes à mes côtés, qui comme moi viennent d’arriver, je le sens.
Soudain arrive un flash lumineux. J’ai à peine le temps d’apercevoir la lumière des torches sur les murs apparaître avant de crisper mes paumes sur mes yeux, écrasant mon masque contre mon visage. Passer des ténèbres à une lueur digne d’un soleil au zénith est douloureux. J’entends une musique, du piano, c’est très proche ! La musique est belle, rassurante. Il me faut quelques secondes pour m’habituer à la lumière… J’ouvre mes paupières tremblotantes pour distinguer la salle.

Immense comme l’estomac d’un monstre marin. Froide comme une tombe, malgré la chaleur des torches l’éclairant. Elégante autant qu’oppressante, avec ses caveaux funestes et ses phalènes, dansant beaucoup trop près des lueurs, se brûlant les ailes avec l’assurance d’une félicité promise.
Je prends le temps d’observer les trois autres personnes se tenant près de moi : il s’agit de deux jeunes filles dont je ne peux déterminer l’âge exact et d’un garçon. Tous sont masqués, comme moi, et ce n’est guère étonnant.
Mon regard glisse vers le fond de la salle où se trouve un vitrail magnifique, une pièce de maître. Les couleurs vives et joyeuses des carreaux font chatoyer l’objet sinistre qui se trouve au-dessous : une potence attendu un pendu. A côté d’elle se trouve un homme assis sur une chaise, dont le masque m’est familier. C’est lui qui m’a accueilli sur le parvis de la tour de l’Horloge.

Torquato Tasso. C’est donc toi. Et ce lieu, il s’agit de ta cour des miracles, c’est cela ? Crissant des dents, car il est évident qu’une potence n’est pas qu’un piètre objet de décoration, je ne peux m’empêcher de dériver sur des ressassements de pensées sur le genre humain. Pourquoi vouloir toujours mettre à mort son prochain ? Avoir connu la mort me permet un certain recul, qui rend la chose encore plus aberrante, voire incompréhensible. Mais je suppose qu’heureusement, c’est le cas pour de nombreuses personnes encore bien vivantes et justes. Alors que la mélodie au piano reprend de plus belle, je jette un regard au virtuose et reconnais immédiatement l’une des Maudites ! Je sens mes poings se crisper par reflexe et une boule se noue dans ma gorge. Je suis presque jalouse qu’une vipère comme elle parvienne à jouer une si jolie et émouvante mélodie. Le maître des lieux prend alors la parole :

- "Je vous félicite avec tous les égards qui vous reviennent, jeunes gens. Soyez certain que la moindre de vos craintes en ce qui concerne ce lieu et notre assemblée ne doit se muer en terreur, vous êtes en sûreté et je m'en porte personnellement garant, en la qualité d'humble organisateur du Bal d’Été. Chacun d'entre vous est parvenu à faire preuve des marques les plus essentielles et élémentaires, celles qui prédestinent à la tenue d'une vie pure et juste. Mais assez de mystères pour ce soir, chers invités. Vous avez été choisi par notre honorable société pour subir un test, avec à la clé une réponse. Celle-ci sera précieuse, autant pour vous que pour l'héritage que nous représentons tous. Appliquez-vous, je vous le demande respectueusement ! Si vous ne désirez pas prendre part à l'épreuve, nous le comprenons. Faites-le nous savoir, et l'un des confrères vous guidera jusqu'à l'air libre."


Le déroulement des évènements me laisse perplexe. En début de soirée, j’assistais à une réception incroyable, digne des contes de fées les plus fantasques, et me voici à présent au fond d’une crypte sinistre, face à une corde qui se balance. Mais quelle est donc réellement cette association de gentlemen derrière laquelle croule des secrets d’une noirceur que je devine sans mal. Qui sont-ils pour devoir me mettre à l’épreuve de cette façon ?
Je n’ai pas peur. Non, mais je suis agacée par tant de mystère et de non-dis. J’ai l’impression d’être une enfant naïve face à une assemblée d’adultes jugeant et intransigeants. Je serre les dents, mais ne me manifeste pas. C’est un défi qu’on me lance, et je ne le réfuterai pas.
Je remarque alors que Torquato Tasso n’est pas seul. De nombreuses personnes flanquent les côtés de la salle avec la rigueur des statues. Je crois reconnaître Raphaël, le peintre sensible. Sa présence me rassure quelque peu.
Soudain, l’homme au masque blanc orné d’une croix rouge frappe dans ses mains et les portes s’ouvrent. Trois personnes pénètrent à l’intérieur de la salle : deux hommes autour d’une femme rousse, très belle, et menottée. Mais quel est donc ce traquenard ? J’observe sans comprendre, interdite, craignant pour la suite. Des cartes à jouer tombent de ses manches et la merveilleuse créature soupire comme prise sur le fait, tandis que Torquato proclame :

- Judith, ma chère, nos règles sont très claires. Le châtiment qui vous attends est la conséquence de vos actes, que votre âme s'en souvienne à jamais.

Et tous reprennent en cœur.
Comment ? Qu’est ce que… Une exécution publique ?! Je rassemble mon calme et prend de lentes respirations. Respire Emily, la situation peut être en proie aux quiproquos. Je regarde Judith. On la conduit de plus en plus proche de la potence. Elle n’a pas de sang sur les mains, son seul blâme est peut-être la tricherie, un tort qui, certes mérite d’être puni, mais pas à ce point-là ! Cette disproportion est à la hauteur du gigantisme de la salle dans laquelle nous nous trouvons. C’est tout sauf juste.

Je lance un regard droit devant moi. Torquato Tasso. A la fois juge, jury et bourreau. Je refoule péniblement l’envie de caresser son visage avec mon poing. La maudite, quant à elle, a recommencé à jouer une mélodie cette fois plus énergique et nerveuse. C’est alors qu’un homme que je n’avais pas encore eu le loisir de remarquer durant cette soirée vient se placer en face de nous :

- Je me nomme Juvénal. Ecoutez attentivement ce que je vais vous conter, ceci est l'épreuve qui vous est imposée ! Surmontez-là ou pliez l'échine, jeunes gens. Trois mots sont à connaître, trois mots qui font l'excellence de l'être-humain, trois mots qui mériteraient d'être scandé par les étoiles. A vous d'en deviner la teneur ! Chacun de vous aura le droit à une proposition de lettre. Si la vérité est avec vous, la félicité vous accompagnera également. Cependant, à chaque erreur, dame Judith avancera inexorablement vers son châtiment. J'en ai terminé. Bonne chance à vous, de tout coeur.

Toujours avec un semblant d’agressivité, je ne peux m’empêcher d’esquisser un large sourire. Non. C’est trop absurde pour être vrai. Cette mascarade ne peut être qu’une mise en scène ! Une épreuve pour tester notre sang-froid et nos réactions. Ils ne peuvent mettre la vie de l’une des leurs en jeu ainsi, c’est… C’est… Cela ne se fait pas, tout simplement. De plus, qui peut se vanter de connaître l'excellence du genre humain, tout en exterminant ceux qu'ils jugent imparfait? Alors que je sens ma nervosité grandir à nouveau, je me dépêche de fixer le sol pour mieux me contrôler, et ne pas laisser éclater un fou-rire démentiel qui me brûle la gorge. Ce serait déplacé.

C’est alors que l’on prononce mon alias, et que l’on m’invite à me rendre à la barre, afin de proposer ma première lettre – qui se dévoilera peut être également le premier pas de Judith vers une mort douloureuse, mais qui aura au moins le mérite d’être rapide. Je marche avec une assurance détraquée, et mon regard confus par ce jeu malsain est dissimulé par mon masque. Je m’arrête enfin, et relève la tête, mes lèvres encore légèrement déformée par la crispation de mon sourire révolté et désabusé. Le respect hypocrite d'une société injuste et condescendante n'a jamais été mon fort. Flirtant avec l’insolence comme ils dansent avec leurs coutumes révoltantes, je lâche d’une voix à la fois suave et dure :

- S, comme Secte Sans Scrupule.
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MessageSujet: Re: Phase N°2 : Sombres politesses (Rose Abscium, Esmeralda, Houx, Tarrant)   Mar 20 Oct - 21:45

- S, comme Secte Sans Scrupule, laissa tomber la voix de Rose Abscium, tel un couperet doucereux et acéré.

Comme si le vent se propageait en glissant sur un océan de frondaisons, sans qu'aucun mot ne soit échangé entre les membres de la société, chaque individu dressé dans le caveau eut un sourire, tantôt singulièrement amusé, tantôt simple politesse. Leur jeune invitée venait de les insulter ouvertement au sein de leur demeure la plus distinguée, mais nul ne s'en offusqua. Torquato Tasso se contenta de s'incliner bien bas, dans un geste fluide, naturel, emprunt de grâce. Ce ne fut pas lui qui répondit à la proposition venimeuse. Un homme plus ratatiné que ses voisins s'éloigna de sa tombe attitrée, de façon à se positionner dans l'allée menant à la potence, à la vue de tous. Son masque était le visage qu'aurait eu l'éloquence si elle avait été incarnée par une figure humaine : il semblait s'embraser d'une passion des mots dévorante, la bouche grande ouverte pour porter au loin ses imprécations. Mais le petit gentleman ne hurla pas. Il modula même son ton sur celui emprunté, quelques secondes auparavant, par Rose Abscium :

- Si il satisfait à sa sélénienne et assassine citadine, j'estime sincèrement les sensationnelles richesses qui scintillent au sein de cette sérénade plus acide qu'un citron, que vous vous plaisez à susurrer assidûment et sans savoir ce que recèle la cime de l'incertitude. Nous ne sommes ni seigneurs ni cygnes à vos yeux sucrés, est-ce cela ? Votre assaut ne saurait dissimuler ce que sabre vos sentiments saturés et sensibles. Cigales, sycophantes, sinistres singes, ésotériques indisciplinés, savants saupoudrés d'insanités ! Cependant, ce ne pourrait être si simple, sachez-le. Sous les souffrances de cet instant, peut-être qu'en un silence le sens de ceci prendra l'aspect qui sied à votre irascible soif de réponses. Que cet échec d'une phrase vous serve de leçon, je vous le souhaite cérémonieusement.

Lorsque cessa de couler les "s", Judith s'avança sans que personne ne la força à mettre un pas devant l'autre. Les deux hommes qui l'escortaient se contentèrent de l'encadrer jusqu'à ce que la dame rousse ne s'arrête net, des mètres plus loin. Elle avait traversée le quart de la gigantesque salle, dépassant deux rangées de tombes. Rien dans son attitude ne laissait deviner du sort qui serait le sien si les invités d'honneurs échouaient à cet test. Aucun tremblement, aucune altération dans son souffle mesuré. Digne d'une joueuse, elle ne dévoilait pas ses cartes.

-"Monsieur Pierre Abélard désirait signaler que le S ne figure point dans le premier mot, chers invités." précisa Molière de son timbre langoureux.

-"Au suivant !" enchaîna avec enthousiasme une fillette, qui se situait à hauteur de la potence, dans les dernières rangées de mausolées.
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Yume

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MessageSujet: Re: Phase N°2 : Sombres politesses (Rose Abscium, Esmeralda, Houx, Tarrant)   Sam 24 Oct - 16:38

Tandis qu'elle descendait avec difficulté l'escalier en colimaçons parcouru d'air glacé, Yume regrettait presque intérieurement de ne pas être restée en haut, à la fête,elle qui était si lumineuse, qui semblait si prometteuse, encore pleine de surprises. Pourquoi cette enfant qui parlait déjà comme Charles-Henri l'avait-elle entraînée à l'écart, elle ne savait où, dans les entrailles de la terre ? L'enfant lui avait assuré que c'était très important, mais à présent, la jeune femme avait plus l'impression de marcher droit vers un piège grossier, voir pire.

Pourquoi elle ? Elle frissonnait dans sa tenue légère et manquait de trébucher dans ses talons trop hauts pour elle. Cette Eugénie courrait sacrément vite ! Ou était ce elle qui allait trop lentement ? Le lieu silencieux et étroit produisait écho, mais elle était presque certaine que leurs pas n'étaient pas les seuls dans cet escalier interminable, ce qui lui donna un soupçon de courage. Qui étaient les autres pauvres victimes de ce jeu qui ne semblait que commencer ? Elle s'emballait certes trop vite, et sans doutes que son imagination trop débordante lui faisait penser n'importe quoi, mais son amusement en voyant cette petite s'était vite métamorphosé en très mauvais pressentiment, et elle ne pouvait nier le contraire. Pourtant, elle continuait d'avancer, repliant ses bras frêles contre son coeur.

Quand elles eurent descendu l'escalier, les deux jeunes filles débouchèrent dans un couloir humide. La musique de l'étage au dessus se faisait de plus en plus étouffée, ce qui ne rassurait guère la Wilson. Elle jeta un coup d’œil à sa guide: celle-ci ne s'en souciait guère, par courage ou par habitude, son air sérieux et déterminé ne la quittait pas et elle continuait d'avancer et de s'assurer d'être suivie. Elle eut de la peine pour elle. Une enfant de son âge devait encore être en train de courir dans les champs, faire des tresses à ses sœurs et a jouer du piano avec sa mère. Pas à guider des invités sur le terrain de jeu d'une société secrète dans la cave d'une tour... A moins que ce ne soit son choix...? Dans ce cas, cette gamine était effrayante.

Eugénie s'était arrêtée brusquement, et la poupée trébucha de surprise. Une immense porte était ouverte sur l'obscurité la plus totale. Yume déglutit et recula. Ce lieu avait des relents -bien que très légers- de....mort. Elle voulait s'en aller, mais sa curiosité un de ses principaux moteurs, la poussait à franchir le palier. Elle qui était venue pour s'amuser et passer du bon temps, la voilà coincée dans un tombeau, un caveau. Ce n'était pas le meilleur lieu du monde pour danser, rencontrer l'amour et goûter aux petits fours, n'est ce pas ? Elle recula encore d'un pas, mais se heurta à la petite, qui la fixait intensément. Elle n'avait pas le choix, alors ? Elle soupira de dépit et entra d'un pas rapide, persuadée de regretter aussitôt ce geste.

A son arrivée, les portes se refermèrent derrière elle. Elle hoqueta: la voilà coincée désormais ! Impossible de reculer. Dévorée par l'obscurité. Quelques instants passèrent, dans lesquels elle prit conscience qu'elle était pas seule. A ses côtés, d'autres respirations se firent entendre. Certaines paisibles, d'autre aussi effrénés que la sienne. Elle se calma alors, dans le noir, aidée par ces inconnus devenus aussitôt amis à ses yeux. Après tout, il se pouvait que dans la panique, elle se soit trompée... D'un seul coup, la lumière se fit. Éblouie, par cet éclat soudain, elle recouvrit les seuls trous dans son masque, pendant quelques secondes. Quand ses yeux furent habitués, ils découvrirent avec émerveillement l'espace qu'elle avait tant craint.

Un caveau certes, mais de toute beauté, dont l'espace rivalisait avec son propre manoir. La luminosité produite par la flamme puissante des torches donnait une atmosphère chaleureuse a l'endroit. Mais ce qui attira l’œil de l'aristocrate presque immédiatement, ce fut l'immense vitrail au fond du caveau. Les couleurs étaient pures, et l'ensemble du lierre et de la scène représentée lui faisaient penser à un conte de fées. Au pied de cette oeuvre d'art, elle reconnut l'homme qui l'avait accueillie, Torquato Tasso, assis sur un siège de fer, lui souriant a elle et aux autres invités. Après lui avoir rendu son sourire, elle fit quelques pas dans ce lieu mystique, et tourna sur elle même. Ce n'est qu'à cet instant qu'elle remarqua la potence. Aussitôt, son enthousiasme disparut aussi vite que la neige au soleil, et elle alla immédiatement se replacer aux côtés des autres.  

N'ayant plus le coeur à observer la salle, elle détailla ses camarades. A sa gauche, elle reconnut aussitôt son fiancé. Son mètre quatre-vingt dix, ses cheveux sombres, sa sobriété flirtant avec l'ennui, son odeur de poudre et si tout cela n'était pas suffisant, son alliance, promesse d'un mariage qui n'aura jamais lieu, identique à la sienne. Lui aussi s'était retournée vers elle, et lui souriait tendrement. Il l'avait tout de suite reconnue, elle aussi. L'idée qu'elle connaissait quelqu'un sans son masque dans cette salle lui fit plaisir. A sa droite, une femme magnifique, dont l'âge devait être proche du sien et de Charles-Henri, au masque plumé et sculpté de ronces. Malgré son masque, ses cheveux, ses yeux et même sa corpulence lui donna la certitude qu'elle la connaissait. Après réflexion, il lui sembla que cette jeune femme se trouvait être Emily, sa très bonne amie, mais elle décida de ne rien tenter à son égard, par peur de se tromper et de troubler son bonheur d'être anonyme. Non qu'elle en manquait d'envie, mais tel était le jeu. Et la dernière participante, une autre jeune femme habillée de vert, élégante et mature, qui elle aussi, lui disait quelque chose, mais cette fois, impossible de mettre le doigt dessus. Son attention fut soudain volée par Torquato Tasso, qui prit la parole.

- "Je vous félicite avec tous les égards qui vous reviennent, jeunes gens. Soyez certain que la moindre de vos craintes en ce qui concerne ce lieu et notre assemblée ne doit se muer en terreur, vous êtes en sûreté et je m'en porte personnellement garant, en la qualité d'humble organisateur du Bal d’Été. Chacun d'entre vous est parvenu à faire preuve des marques les plus essentielles et élémentaires, celles qui prédestinent à la tenue d'une vie pure et juste. Mais assez de mystères pour ce soir, chers invités. Vous avez été choisi par notre honorable société pour subir un test, avec à la clé une réponse. Celle-ci sera précieuse, autant pour vous que pour l'héritage que nous représentons tous. Appliquez-vous, je vous le demande respectueusement ! Si vous ne désirez pas prendre part à l'épreuve, nous le comprenons. Faites-le nous savoir, et l'un des confrères vous guidera jusqu'à l'air libre."



Une épreuve...? Son envie de s'en aller s'était complètement évanouie, dévorée par une curiosité toujours plus vorace. Les portes s'ouvrirent derrière elle, la forçant à se retourner. Deux hommes bien habillés escortaient une femme à la chevelure de feu et aux allures de princesses, menottée. La poupée se retint de crier: cette femme à l'air si pur, avec une mine peu fière, que pouvait-elle avoir fait de mal pour qu'on la traite ainsi ? Menottée, ce n'était pas rien. Le cœur de Yume battait pour l'inconnue comme si elle la connaissait depuis toujours, et sa seule envie à présent était de la prendre par la main et de la mettre à l'abri, loin d'ici. Pourtant, elle ne fit rien. Les apparences étaient peut-être trompeuses, et ce sentiment d'injustice qui lui serrait le cœur n'avait peut-être pas raison d'être. Peut-être avait elle commis un crime abject ! Ou alors les menottes étaient peut-être juste une mise en scène !

Son regard de biche en peine se tourna vers la potence. Les yeux de Yume s'embuèrent de larmes. Ils n'allaient pas la.... Non ! Impossible ! Le meurtrier allait en prison, il n'était pas exécuté ! De plus, la jeune femme savait que la belle inconnue n'avait pu tuer Impossible. Elle se mit a trembler doucement. Les deux gardes lui secouèrent les manches, et des cartes a jouer en tombèrent. Tricher au jeu. TRICHER AU JEU ! Ce n'était certes pas honnête, mais ça ne méritait en rien la potence, de très loin, à peine une réprimande et un regard sévère, et pour le tricheur le plus venimeux, une amende ! Ils ne pouvaient l'exécuter pour si peu...Impossible. Impossible !! Yume était prise de vertiges.

- Judith, ma chère, nos règles sont très claires. Le châtiment qui vous attends est la conséquence de vos actes, que votre âme s'en souvienne à jamais.

Tout le monde présent dans cette salle répéta, comme hypnotisé. Elle ne tenait plus sur ses jambes. Torquato Tasso qui quelques instants plus tôt, lui paraissait le parfait gentleman, apparaissait sous sa vraie nature: Le chef d'une secte complètement démente. Des malades. Ils étaient des malades. Elle ne voyait que ça. Dans un mouvement désespéré, elle s'élança vers Judith et Torquato, mais Charles-Henri ou quelque soit son alias, la retint par le bras. Elle comprenait ce geste, et en avait bien besoin pour retenir le brasier de la rage qui avait embrasé son ventre. Le roi des psychopathes assis sur son trône de métal, avait fait un geste vers un de ses sbires barbu, qui ressemblait à son père, ce qui fut loin d'aider pour lui attirer la sympathie de la jeune femme.

- Je me nomme Juvénal,  Ecoutez attentivement ce que je vais vous conter, ceci est l'épreuve qui vous est imposée ! Surmontez-là ou pliez l'échine, jeunes gens. Trois mots sont à connaître, trois mots qui font l'excellence de l'être-humain, trois mots qui mériteraient d'être scandé par les étoiles. A vous d'en deviner la teneur ! Chacun de vous aura le droit à une proposition de lettre. Si la vérité est avec vous, la félicité vous accompagnera également. Cependant, à chaque erreur, dame Judith avancera inexorablement vers son châtiment. J'en ai terminé. Bonne chance à vous, de tout cœur.


..De tout cœur...Quel hypocrite ! Un pendu au sens propre du thème...Malades, complètement malades... C'était tout ce que cela représentait pour eux ? Une épreuve ? Un jeu ? Tout cela pour quoi ? Une réponse ? Une réponse contre une vie ? Ce n'était pas équitable, c'était... Elle avait envie de vomir. Pendant un instant, elle pensa à la possibilité de sortir loin de ces fous, loin de tout, mais elle se ravisa aussitôt. Elle ne pouvait abandonner, trop était en jeu. Elle se devait de sauver Judith. C'était à Rose/Emily de commencer, et elle semblait aussi choquée qu'elle, ça se ne voyait rien qu'à sa démarche. Elle se plaça, dos aux invités et face aux fous. Charles-Henri prit sa main et la serra tandis qu'elle énonçait durement sa lettre.

- S, comme Secte Sans Scrupule.


Malgré ses yeux embués par les larmes, elle sourit face à tant de vérité. Et encore, celle ci était bien douce face à tous les mots qui lui venaient à l'esprit. Elle se mit à fixer Judith, impassible, sous son masque de cristal. Que pensait-elle en ce moment ? Connaissait-elle ces trois mots ? Avait-elle peur de mourir ? Oui, assurément. Arriveraient-ils à la sauver ? Il semblait qu'on parlait derrière, mais elle ne s'en souciait guère, perdue dans ses pensées, le regard posé sur Judith. Elle avança d'un pas puis deux, puis trois... Elle franchit quelques mètres ainsi. Un quart de la salle... Un quart. Yume poussa un gémissement étouffé. Faux faux faux. Archi faux. Elle ne pouvait choisir sa lettre au hasard, malgré toutes les atrocités qu'elle voulait dire. Il fallait la sauver. Elle ne se pardonnerait jamais, s'il lui arrivait du mal...

-"Au suivant !"


Une voix de petite fille, aucun doute là dessus. Était-ce Eugénie ? Cette enfant faisait partie de ces psychopathes... Comment avaient-ils pu pervertir l'esprit d'une enfant ? N'avaient-ils aucune morale ? Avec colère mais avec grâce, elle s'avança à son tour. Elle planta son regard dans celui du roi de la soirée. Du roi des fous. Elle savait quelle lettre choisir. Une lettre qui se devait d'être dans un mot. La fantaisie serait pour plus tard. Place à la logique. La vie d'une innocente était le prix de la réussite, pas cette stupide réponse de la vie ou n'importe quelle autre bêtise. Charles-Henri devait être fier d'elle.

"-Si la vie d'une innocente n'était pas l'enjeu de ce jeu de psychopathes, je dirai un M, comme Monstres, mais dans cette situation, je ne peux me le permettre. Alors, je pense qu'un E comme Espèce de Monstres suffira."

A son tour, elle les provoquait, un petit sourire aux lèvres, pourtant ses larmes avaient franchis la barrière de ses yeux, laissant une traînée rouge sur ses joues blanches, ses larmes colorées par son maquillage.

Puis, elle se désintéressa de cet être méprisable, et à nouveau posa ses yeux sur la jeune rousse. Le souffle coupé. Dans Amour, il n'y avait pas de E, mais dans Espoir, oui. Elle jouait le tout pour le tout. Elle devait avoir bon. Elle ne devait pas se tromper. Elle n'en avait pas le droit. Sur le point de vaciller, elle murmura:

"-Judith..."

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MessageSujet: Re: Phase N°2 : Sombres politesses (Rose Abscium, Esmeralda, Houx, Tarrant)   Dim 25 Oct - 10:36

Le piano continuait de faire jaillir des notes précipitées, ralentissant parfois pour aussitôt repartir au galop, sous les doigts experts de la Maudite. Il régnait dans le vaste espace une atmosphère humide que même les torches ne parvenaient pas à chasser, si bien qu'il était aisé d'y frissonner et de songer au refuge de lieux plus cléments. Néanmoins, les individus impeccablement alignés le long des tombes paraissaient imperméables à ce froid souterrain. Sauf l'un d'entre eux, qui éternua dans un mouchoir ouvragé et aussitôt, dans un mouvement si rapide qu'il fut impossible d'apprécier la scène sans la figer en une photographie, les autres se découvrirent en enlevant leurs masques, puis les remirent comme si rien ne s'était passé. Ces gentilshommes et gentes dames ne dégageaient que pure tranquillité, tels des rochers ancestraux. Cela contrastait énormément avec l'animosité qui s'élevait peu à peu des quatre invités. Torquato Tasso plissa les yeux imperceptiblement derrière son masque balafré de rouge. Il ne voyait là que des chatons bornés s'échinant à feuler face à un animal inconnu.

"-Si la vie d'une innocente n'était pas l'enjeu de ce jeu de psychopathes, je dirai un M, comme Monstres, mais dans cette situation, je ne peux me le permettre. Alors, je pense qu'un E comme Espèce de Monstres suffira."

Esmeralda était le paradoxe même de ce qui est frêle et fort. Le porte-parole de la société si élégante pencha la tête de côté, afin de manifester courtoisement sa perplexité. Une fois encore, on répondit à sa place. Ce fut une femme dont le visage s'abritait derrière un voile de soie, couleur émeraude. Un verre d'une substance douteuse à la main et une écharpe d'écailles sur les épaules, elle eut un petit rire :

- Donc selon vous, chère Esmeralda, même si cette épreuve n'était pas intimement enlacée aux notions de vie et de mort, cela resterait tout de même une lubie de fous meurtriers ? Intéressant point de vue. Mais vous avez tout à fait raison, nous sommes tous des monstres, et vous n'échappez pas à cette règle universelle. Tout réside dans l'art d'apprivoiser ou non sa monstruosité ! Hi hi. Je suis Rossinante et j'ai le plaisir de vous annoncer que votre E touche juste, par trois fois. Bien joué !

La dame voilée recula, et soudain son écharpe s'anima. En réalité, elle portait un cobra sur ses épaules ! Le reptile siffla doucement comme pour approuver sa maîtresse. Pour appuyer ses dires, Judith ne bougea pas d'un pouce, ne réagissant ni à la bonne nouvelle, ni à la compassion affichée de la jeune invitée d'honneur. C'était une avancée considérable, trois lettres étant désormais connue ! Des applaudissements mesurés retentirent. Torquato déclama :

- Votre premier mot est long de dix lettres. Il y a un E aux deuxième, cinquième et dixième places, retenez bien ceci. La mémoire est une vertu importante, je ne répéterais donc pas cette précieuse information. Houx, il me semble que c'est votre tour ! Je suis certain que vous allez nous éblouir.
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MessageSujet: Re: Phase N°2 : Sombres politesses (Rose Abscium, Esmeralda, Houx, Tarrant)   Mer 4 Nov - 19:17

Je tournais la tête vers la fille qui venait d'exécuter un salto parfait pour atterrir à mes côtés. J'étais à la fois impressionnée et sous le choc. Quelques centimètres plus loin et je me serait faite écraser par une fille sublime jouant les acrobates dans une salle animée.

-"Youpla !!! C'est toi, Houx, n'est-ce pas ? Moi, je me prénomme la Camargo, juste pour cette soirée ! C'est mon alias de danseuse très belle, très élégante, très forte, très tout ! Viens faire la course avec moi, tu vas voir, on va bien s'amuser ! Et puis, comme je dois te guider jusqu'à un lieu très secret, trop mystérieux et important et tout et tout, on fera d'une pierre deux coups - même si je n'apprécie pas cette expression, elle est beaucoup trop violente, ce n'est pas drôle ! -. Tu viens, dis ? "

Elle referma sa main sur mon poignet et me traîna à travers la salle, apparemment très heureuse d'avoir trouvé une camarade jeu pour l'extraire de son ennuie. Dommage qu'elle ne m'ait pas demandé mon avis.... En fait, je n'avais pas vraiment compris ce qu'elle m'avait dit, elle avait parlé tellement vite !
La Camargo se faufilait avec grâce entre les gens en lançant de joyeux « Pardon », « Excusez-moi ».On aurait dit qu'elle était contentement en train de danser.
Non, ne me regardez-pas, restez concentré sur elle, je n'en vaut pas la peine. J'avais l'air assez pitoyable, en comparaison. Je n'arrivait pas à me coordonner sur ses mouvement et bousculais les gens, renversais les plats. Parce que oui, La Camargo avait exécuté un jeté impressionnant pour enjamber une table, sans se soucier de moi, actuellement en guerre avec le moindre sport.

- « Attendez, on va où, là ! »

Elle ne répondit pas, elle ne m'avait sûrement même pas entendue. Ça ne me rassurait pas vraiment... J'avais entendu tellement d'histoires sur des jeunes filles suivant des inconnus... la fin était rarement joyeuse.

Soudain, elle s'arrêta, ouvrit une porte.

- « Arrivée » déclara-t-elle

Elle déposa un rapide baiser sur ma joue avant de me pousser dans la pièce en riant gaiement.

- « Bon courage ! »

Je me rattrapais en faisant des moulinets avec mes bras, puis jetais un coup d’œil derrière moi. Évidemment, la porte était fermée. Je regardais la trace de main sur mon poignet. Cette fille devait être faite d'acier, c'est pas possible d'avoir une poigne pareille.

-"Je vous félicite avec tous les égards qui vous reviennent, jeunes gens. Soyez certain que la moindre de vos craintes en ce qui concerne ce lieu et notre assemblée ne doit se muer en terreur, vous êtes en sûreté et je m'en porte personnellement garant, en la qualité d'humble organisateur du Bal d’Été. Chacun d'entre vous est parvenu à faire preuve des marques les plus essentielles et élémentaires, celles qui prédestinent à la tenue d'une vie pure et juste. Mais assez de mystères pour ce soir, chers invités. Vous avez été choisi par notre honorable société pour subir un test, avec à la clé une réponse. Celle-ci sera précieuse, autant pour vous que pour l'héritage que nous représentons tous. Appliquez-vous, je vous le demande respectueusement ! Si vous ne désirez pas prendre part à l'épreuve, nous le comprenons. Faites-le nous savoir, et l'un des confrères vous guidera jusqu'à l'air libre."

Je sursautais puis remarquais le monde dans la pièce. Mais combien de coupes de champagnes avais-je bu pour ne pas les avoir remarqué ? Surtout lui, il était tout de même l'organisateur de cette fête. Je rougis, me rendant compte du peu de respect dont je venais de faire preuve. Attentive, il fallait être attentive, aimable, polie... Le minimum du savoir vivre en haute société.

Torquato Tasso claqua des mains et de grandes portes s'ouvrirent. Deux hommes encerclaient une femme portant une robe et un diadème. Elle me rappela les princesses des contes pour enfants. Je notais ensuite les menottes. Oh mon Dieu. C'est quoi ça ?
Elle tourna la tête, cachée par un masque de cristal, et soupira. Tout ces masques devenaient légèrement angoissant. Je l'imitais. Une potence ? Que...Quoi ? Qu'est-ce qui se passe, là ? Une exécution publique ?
Les gardes secouèrent les manches de la prisonnière. Des cartes tombèrent sur le sol.

- « Judith, ma chère, nos règles sont très claires. Le châtiment qui vous attends est la conséquence de vos actes, que votre âme s'en souvienne à jamais. »

Cette jeune fille allait se faire tuer devant mes yeux pour avoir... quoi... triché ? Non, impossible !
Des centaines de pensées se bousculaient dans ma tête.

Une mélodie de piano résonna, me ramenant à la réalité. La musicienne était l'une des Maudites qui m'avaient insultées plus tôt dans la soirée. Des gens détestables. Vraiment. Pourquoi fallait-il qu'elle joue si bien ?

- « Je me nomme Juvénal, Ecoutez attentivement ce que je vais vous conter, ceci est l'épreuve qui vous est imposée ! Surmontez-là ou pliez l'échine, jeunes gens. Trois mots sont à connaître, trois mots qui font l'excellence de l'être-humain, trois mots qui mériteraient d'être scandé par les étoiles. A vous d'en deviner la teneur ! Chacun de vous aura le droit à une proposition de lettre. Si la vérité est avec vous, la félicité vous accompagnera également. Cependant, à chaque erreur, dame Judith avancera inexorablement vers son châtiment. J'en ai terminé. Bonne chance à vous, de tout coeur. » S'énonça un vieil homme.

J'en restais sans voix. Il venait de proposer une partie de pendu... un jeu innocent, quand ce n'est pas une personne réelle qui risque de se balancer au bout de la corde.

Je paniquais sérieusement. Mon cœur battait à tout rompre, une migraine atroce se martelait le crâne, ma vue était brouillée... Horrible. Ce jeu était horrible, cruel... Pourquoi ? J'allais contribuer à tuer quelqu'un ? Mon Dieu, aidez-moi, aidez-moi, aidez-moi... je répétais ces mots encore et encore.

- « ...Houx, il me semble que c'est votre tour ! Je suis certain que vous allez nous éblouir. »


M'avait-il parlé ? Il semblait. Qu'avait-il dit ? Que c'était mon tour, je crois. Je n'avais pas suivi tout ce qui s'était déroulé depuis... depuis combien de temps ? Mais quelle sotte ! Les informations étaient sans aucun doute très importantes pour sauver la pauvre dame enchaînée. Si jamais elle finissait pendue, ce serait de ma faute ! Jamais je n'encaisserait la mort d'une innocente. Cette journée était un cauchemars. Stop ! Réfléchir ! Juste.... Réfléchir et répondre ! La lettre la plus logique, et la plus sûre... Le « E ». N'était-ce pas la lettre qu'avait dite la précédente joueuse ? Si, il me semblait avoir vaguement entendu « E comme... » comme quoi, déjà ? Sans importance, je ne pouvais pas prendre cette lettre. Mais alors... qu'avait dit la première ? Le « A » sans doute... C'est la lettre que tout le monde propose, en général. Que dire, que dire ?
Je n'avais jamais réussi à réfléchir correctement sous pression. Et les autres semblaient attendre. Il fallait que je me dépêche. Quelque chose de sûr, Holly, dit une lettre, n'importe laquelle, mais pas une trop improbable... une voyelle, par exemple !

- « Euh... Je... « I » ! » Bon... c'était sortit tout seul... mais ce n'était pas un trop mauvais choix. Je me raclais la gorge et annonçait avec un sourire poli (La société ! Ne jamais oublier de bien se comporter en présence de personnes importantes!) : « I », comme « Illégal », par exemple. »

Quoi ? Non ! Pourquoi ai-je ajouté « Illégal » . Faites que je ne l'ai pas vexé, pitié !
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MessageSujet: Re: Phase N°2 : Sombres politesses (Rose Abscium, Esmeralda, Houx, Tarrant)   Ven 6 Nov - 11:06

Chacun attendit que la jeune Houx s'exprime, sans la brusquer. Même les Maudites, qui froissaient leurs robes impériales tellement leur impatience était grande, tinrent leurs langues venimeuses. Le "I" fit son entrée, d'abord timidement, puis d'une manière plus affirmée, agrémenté d'un beau sourire. C'était touchant. Torquato fut presque navré de devoir secouer lentement la tête en signe de dénégation. Il ne prit guère la peine de préciser que tout ce qui se déroulait ici était parfaitement en règle avec les lois régissant un monde civilisé, sachant que ses mots se heurteraient à un mur.

Judith poursuivit sa marche au rythme de la musique. Elle aurait tout aussi bien pu se rendre à l'autel, personne n'y aurait vu la moindre différence, si ce n'était qu'une potence remplaçait le fiancé et que l'homme d'église se trouvait être homme de poésie et de théâtre. Quatre rangées de mausolées s'alignaient face à la cartomancienne : elle était au cœur de la pièce colossale, en son centre. Une fois qu'elle aurait traversée le superbe cimetière et ses seize confrères masqués, il ne lui resterait qu'à gravir l'installation saturée de poussière. Ou pas ? Nul ne savait combien d'erreurs il restait aux invités d'honneurs avant le dénouement, pour conserver un peu de piment. Seul Torquato Tasso était en possession de toutes les cartes.

D'ailleurs, ce dernier se déplaça, s'intéressant quelques instants au vaste vitrail sur lequel se déployait toute la chevalerie des anciens temps. Il paraissait absorbé par l'image.
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MessageSujet: Re: Phase N°2 : Sombres politesses (Rose Abscium, Esmeralda, Houx, Tarrant)   Mer 11 Nov - 18:19

Point positif: j'avais enfin retrouvé ma Yume, et mieux encore, j'en avais deux. Points négatifs…? Je me retrouvai pris dans un jeu dément de secte, où même le raisonnable Juvénal avait pris part. Non seulement j'assistai à l'exécution de la répliquer parfaite de Yume, et pire, à présent, c'était à mon tour de la mener à sa mort. Une chose était sûre, il n'était pas question de participer à cela, je m'en voudrais à jamais. Mais comment y échapper ? On nous avait proposé amicalement de sortir, chose que je comptais faire, mais impossible d'envisager de laisser la femme de ma vie et son sosie entre leur griffes. Alors, à présent, alors qu'il était à mon tour de parler, je restai d'un silence de marbre, et continuai de réfléchir, haletant. Il fallait sortir. Mais par quel moyen ? Le temps de courir jusqu'à Yu..Judith, de la prendre avec moi et de prendre ma vraie fiancée au vol, ils m'auraient déjà attrapé. Ils étaient trop nombreux, de plus, et les battre à la loyale était impossible. J'avais des principes. Que faire ? Et ce vitrail ? Y avait t-il quelque chose derrière ? Un plan, ou plutôt une mission suicide se dessinait dans mon esprit. Je pris déjà Yume par le poignet, fermement, ses yeux remplis de larmes se posèrent sur mon être avec étonnement. Impassible, et en la traînant de force avec moi, je m'avançais. Pourtant je ne dis rien, fixant Torquato avec froideur. Encore peu de temps et je pourrai mettre mon plan a exécution. Patience est mère de vertu. Tant pis pour ces deux autres demoiselles, mais je ne pouvais les emporter avec nous. Tous les regards étaient sur moi. Je prononçai, en évaluant la distance qui me séparait de Judith:

"-Je passe mon tour."

(HRP: Oui c'est court. Mais je n'ai pas besoin de plus. J'ai également une requête a soumettre à Sweeney après cela.)
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MessageSujet: Re: Phase N°2 : Sombres politesses (Rose Abscium, Esmeralda, Houx, Tarrant)   Mer 11 Nov - 20:48

Torquato Tasso ne se retourna pas vers son jeune invité d'honneur, qui s'était avancé sans peur et clamait passer son tour. On pouvait presque comparer la scène du vitrail à ce qui se déroulait à l'instant dans le caveau obscur et glaçant : le chevalier protégeant sa dame. Ce n'était cependant qu'une pâle copie. Le lierre ne parvenait nullement à diminuer la noble puissance que dégageait le chevalier vêtu de fer, sur l'image colorée. Agenouillé, il n'en demeurait pas moins préparé à vaincre le moindre dragon s'aventurant à portée de son espadon imposant. Tarrant, lui, n'avait pour seule arme que son courage, ses mains nues et la fermeté de sa voix. Torquato daigna enfin se retourner avant que le silence ne devienne trop oppressant :

- "Ceci est un choix concevable, monsieur. La bravoure réside également dans la finesse, et l'habileté à concéder un pas au torrent pour enjamber par la suite la rivière. Mieux vaut avoir le pied sûr ! Cependant, je vous conseillerais aimablement de ne pas outrepasser vos prérogatives, jeune Tarrant. Vous n'êtes pas encore digne du chemin qui serpente face à vous, du moins pas aux yeux de notre humble société."

Personne ne vint cependant barrer le passage de l'invité d'honneur. Si il le désirait, il pouvait s'aventurer sans aucune résistance à travers l'allée de tombes, mais si jamais son regard devait vagabonder entre les tristes statues, celui-ci croiserait un oeil implacable. En effet, Judith était flanqué de ses deux gardiens. Ces messieurs étaient de grande taille et d'aspect féroce . Ils se tenaient comme le feraient les vétérans d'une guerre effroyable. Leurs masques ronds étaient peinturlurés de rose et de violet, une fantaisie qui n'enlevait rien à leur aspect de prédateurs. C'étaient précisément parce que ces deux hommes en costume noir et blanc paraissaient être les créatures les plus redoutables de la pièce qu'on leur avait confié l'escorte.

L'un d'eux, positionné à gauche de la superbe Judith, se tourna à demi en direction de Tarrant. Son masque était troué au niveau de l’œil droit, alors que c'était l'inverse pour son compagnon. L'iris du garde était bleu acier. Il sondait le jeune homme aussi aisément qu'une pygargue faisait d'un brochet son repas du soir.

- "Oui!, tu devrais sourire un peu plus ! Tu es sinistre, franchement. Un peu plus de chaleur ne ferait aucun mal à ton corps, je t'assure !" lança jovialement le deuxième individu en riant.

- "Si tu pouvais surveiller tes arrières et taire cette horripilante chanson qu'est ta voix, je n'en serais que plus aise, Non!." rétorqua froidement la même voix, cette fois venant du premier garde, aux yeux bleu.

Des jumeaux. Oui! et Non! avaient la réputation de s'entendre aussi bien que le jour et la nuit : tout allait bien tant qu'on ne les mélangeait pas. Tous deux avaient connu des batailles, la famine, la douleur, la terreur. Mais ils étaient revenus de l'enfer pour conter leur histoire, et noyer dans la courtoisie leurs cauchemars. Oui! ne quitta pas des yeux Tarrant. Torquato toussota.

-"Bien. De nouveau, dame Rose Abscium, je vous en prie."
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MessageSujet: Re: Phase N°2 : Sombres politesses (Rose Abscium, Esmeralda, Houx, Tarrant)   Ven 13 Nov - 19:56

A peine ai-je terminé de déclamer mes trois mots avec acidité, que je discerne un homme assez trapu sortir des rangée de tombes pour me faire face. Torquato Tasso ne fait que s’incliner, tandis que mon nouvel interlocuteur commence à déclarer :

- Si il satisfait à sa sélénienne et assassine citadine, j'estime sincèrement les sensationnelles richesses qui scintillent au sein de cette sérénade plus acide qu'un citron, que vous vous plaisez à susurrer assidûment et sans savoir ce que recèle la cime de l'incertitude. Nous ne sommes ni seigneurs ni cygnes à vos yeux sucrés, est-ce cela ? Votre assaut ne saurait dissimuler ce que sabre vos sentiments saturés et sensibles. Cigales, sycophantes, sinistres singes, ésotériques indisciplinés, savants saupoudrés d'insanités ! Cependant, ce ne pourrait être si simple, sachez-le. Sous les souffrances de cet instant, peut-être qu'en un silence le sens de ceci prendra l'aspect qui sied à votre irascible soif de réponses. Que cet échec d'une phrase vous serve de leçon, je vous le souhaite cérémonieusement.

Je ne peux m’empêcher de laisser échapper une micro-expression, heureusement dissimulée en partie par mon masque. Ma lèvre inférieure tremblote un court instant, sous l’effet du discours sifflant et effectué à la perfection de l’homme devant moi, à l’alias de Pierre Abélard. Mes yeux, quant à eux sont écarquillés, les sourcils froncés. J’avais rarement eu l’occasion d’entendre un discours si bien pensé, autant dans le fond que dans la forme. Et je suis bien forcée de constater que, pour une fois, je me trouve face à un individu d’un niveau bien supérieur au mien, concernant l’un de mes propres jeux. L’habileté de sa tirade me fait même oublier un court instant que la lettre que j’ai proposé était mauvaise. L’aversion que j’éprouvais pour cette assemblée quelques secondes auparavant semble s’être fait dévorer par le respect singulier que je voudrais accorder à cet homme.
A pas doux, sans faire de vagues, je vais me ranger auprès de mes compagnons d’infortune, puisque ce n’est plus mon tour de parler. C’est à Esmeralda de prendre la parole. Le visage de la pauvre demoiselle est envahi par les larmes qui ruissellent sous son masque. C’est bien la preuve que je ne suis pas la seule à trouver que ce jeu dépasse certaines limites qu’il n’est parfois pas sain de franchir !

-Si la vie d'une innocente n'était pas l'enjeu de ce jeu de psychopathes, je dirai un M, comme Monstres, mais dans cette situation, je ne peux me le permettre. Alors, je pense qu'un E comme Espèce de Monstres suffira.

Je reconnais soudainement la voix de mon amie Yume, et soudain, tous mes sens sont en alerte ! Que fait-elle ici ? A la réflexion, elle a surement été invitée, c’est évident ! Et elle avait réussi à passer la première épreuve ! Bien. Mais la pauvre semble être dans tous ses états. Voilà une raison de plus pour en finir avec cette mascarade au plus vite !

Une femme au timbre de voix haut-perché prend alors la parole, déclamant que la lettre « E » est présente trois fois dans le mot que nous devons découvrir. Puis Torquato Tasso rajoute le nombre de lettres formant le mot-mystère, ainsi que le placement de ces fameux « E ».

Un mot, une vertu. Dix lettres. Trois « E » et aucun « S ». J’en pleurerai presque de joie, tellement je vois la tâche se simplifier sous mes yeux. Ces derniers doivent pétiller à en éblouir mes voisins !
Une impression de sucre se colle à mon palais tandis que, mentalement, je m’occupe à reconstruire le puzzle de lettres présent dans mon esprit. Faisant abstraction du monde qui m’entoure, je me projette à l’intérieur de mon crâne, dans un lieu dont moi seule possède le secret. Dans une excitation tremblotante, étrangement mêlée à une rigueur et un calme olympien, je trace sur un immense tableau d’argent les lettres manquantes. Les possibilités de mots sont grandement réduites. Je raye les fausses pistes les unes après les autres, et…

Trouvé.

Alors que je reviens à ma lucidité, la troisième personne – que je ne connais pas - vient d’énoncer sa lettre, qui lui est refusée. Le « I ». Voilà qui colle parfaitement avec ma déduction ! Je suis littéralement  aux anges. Depuis toujours, je ne connais aucune joie plus intense que celle que l’on ressent lorsque l’on est sur le point de percer un mystère, une énigme. Cette allégresse similaire à celle d’un archéologue, qui, d’un ultime coup de pioche, vient enfin de découvrir des ruines millénaires.
Ah ! Je boue d’impatience ! Et le moment où viendra mon tour me semble incroyablement loin.

Prenant mon mal en patience, je m’intéresse plutôt au comportement des personnes présentes à ma droite. Il y a une demoiselle que je n’identifie toujours pas, Yume, et un grand homme qui se tient aux côtés de cette dernière, dont elle semble proche. Peut-être son fiancé, qui sait !
C’est d’ailleurs autour de cet homme de s’exprimer. Saisissant sa jeune promise par le poignet, il marche d’un pas ferme vers Torquato Tasso en déclarant d’un ton sans appel qu’il passe son tour. Les deux gardes de Judith – qui répondent visiblement aux amusants alias de Oui! et Non! – le regardent d’un œil  menaçant et je sens l’atmosphère devenir quelque peu tendue.
Tout doux, mes amis, tout doux. Nous ne sommes pas obligés de nous battre, néanmoins, pas maintenant.

C’est alors mon tour. Mon assurance transcendée par le fait d’avoir sans doute levé le voile sur le premier mot-mystère, je retire mon masque, exposant mon visage à toute la salle. A toute la salle, mais surtout à Yume. Même si elle m’avait peut être reconnue, j’aimerai qu’elle sache que je suis là, et que j’ai la situation bien en main. Avec la jeune fille, j’avais déjà dû nous sortir de situations délicates, par le passé. Elle sait de quoi je suis capable. Si elle arrivait à faire garder à son compagnon un semblant de calme, cela pourrait peut-être éviter à la situation de dégénérer.

Soit ! Je dépose mon précieux masque à terre et commence à m’avancer vers Torquato. Mais avant, je me retourne subtilement, et accorde un très léger clin d’œil à Yume, ainsi qu’un sourire serein. Tout va bien se passer. Je commence donc à déclarer :

- Avant toute chose, je tiendrais à vous préciser que ce n’est pas une lettre, que je vais déclamer, mais bel et bien SEPT lettres. J’ai trouvé votre premier mot, messieurs dames, et je m’en vais vous l’épeler. Et à l’envers !

C’est parti ! Allons à présent leur démontrer que leur jeu est presque trop facile ! Presque sautillante, je m’avance dans la rangé de tombe, avant de m’arrêter devant une jeune fille, encore une enfant, que j’avais déjà cru repérer au cours de la soirée.

- La dixième lettre est donc un « E », mais qu’en est-il de la neuvième ? Je pencherai pour un « C » ! Un « C » comme… Mhmm… Toi c’est la Camargo, c’est cela ?

Alors que la jeune demoiselle acquiesce dernière son masque, j’esquisse un sourire en coin à la vue de tous. Puis je m’éloigne des rangées de tombes pour rejoindre Judith et ses gardiens. Tournant malicieusement autour d’eux, je continue :

- La huitième lettre est alors un « N », ce celle de notre cher Non!, je me rapproche vivement vers ce dernier, un sourire courtois à son égard, et lui chuchote, Merci beaucoup de votre présence ici ce soir, votre alias m’aide beaucoup !

Tout en lui déclamant ces suaves paroles, mes yeux, actifs, achèvent de repérer les clefs des menottes de Judith sur ses bourreaux. Une fois ce travail accomplit, je me glisse de nouveau entre les rangées des tombeaux, vers l’homme qui, quelques instant plutôt, m’a assassinée de ses phrases foudroyantes. Lui accordant une révérence pleine d’humilité, je récite :

- La septième lettre est donc le « A », chef de notre alphabet, à l’instar de celui qui l’aborde comme initiale. Monsieur Abélard, acceptez la marque de mon admiration la plus sincère quant à votre performance de tout à l’heure, et à cette maîtrise des lettres que vous semblez posséder et maîtriser à la perfection. Je pense que j’aurai énormément à apprendre de vous.

Puis, je me relève, et fait quelques pas en direction de l’une des personne avec qui j’avais déjà eu la chance de discuter durant la soirée. Son masque d’ange n’a pas perdu de sa splendeur, même dans ce si sombre caveau :

- RaphaëlRaphaël, j’ai l’honneur de t’annoncer que tu portes la lettre suivante à l’orée de ton si joli prénom. Un « R » pour la sixième lettre !

Puis, lui abandonnant un sourire, je me détourne de mon ami d’un soir avant de rejoindre l’instrument sinistre dont la corde se balance au milieu de la pièce. M’accoudant macabrement à l’une des poutres de bois, je lance d’un air nonchalant :

- La cinquième lettre, comme nous le savons tous, est un « E », et la quatrième est donc le « P », telle la malheureuse Potence qui trône ici. Elle semble avoir traversé les siècles, et j’espère sincèrement qu’elle ne retrouvera son rôle meurtrier ce soir… Je lance mon regard perdu vers l’invité de ce soir qui partage mes ronces, Molière, j’aime beaucoup votre « M ». Il est la troisième lettre du mot que nous recherchons. Le « E » revient donc une dernière fois…

Je quitte la potence et marche déterminée vers l’Initiale, qui me toise de son regard que je ne peux interpréter. Une fois devant lui, les poings sur les hanches, une expression amusée sur le visage, je déclare :

- Et enfin, ultime lettre : le « T ». N’est-ce pas, mon cher Torquato Tasso ? Me détournant de lui, je lance à toute l’assemblée, Je récapitule donc, dans le bon ordre : T-E-M-P-E-R-A-N-C-E, ce qui nous donne la « Tempérance » ! L’une des qualités primordiales que tout homme devrait aborder, c’est vrai. Je ne vous cache pas que, malheureusement, ce n’est pas mon fort : j’aime faire les choses en grand, et je suis plutôt passionnée.

Je marque une courte pause. Me retournant vers Torquato, attendant son verdict, je souffle :

- Je suis navrée d’avoir pris les devants de votre petit jeu, mais il me semblait primordial d’y mettre fin le plus rapidement possible en achevant ce premier mot. Et si je me suis trompée, vous n’avez qu’à échanger ma place avec celle de Judith ! Une condamnation pour audace déplacée et erronée devrait pouvoir remplacer une simple affaire de tricherie, vous ne croyez pas ?
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MessageSujet: Re: Phase N°2 : Sombres politesses (Rose Abscium, Esmeralda, Houx, Tarrant)   Ven 27 Nov - 12:34

Un murmure parcourut l'immense sépulture souterraine que la fière Rose Abscium venait de traverser sans hésitation, rayonnante de confiance et de supériorité. La grande pianiste avait même cessée de faire entendre sa mélodie entraînante, reposant ses mains d'albâtre sur ses genoux, dans l'expectative. Cependant, nul n'osa prendre la parole avant leur représentant, ce dernier s'étant muré dans ses réflexions. Torquato Tasso fit un pas, si proche de la jeune femme que celle-ci pouvait sentir son parfum de mandarine, leurs visages seulement séparés par un souffle léger. Il s'exprima alors d'une voix posée, mais puissante, contrastant avec le chuchotement moqueur que venait de lui adresser son interlocutrice :

- Chère Rose Abscium, vous avez parfaitement conscience de vous être donné en spectacle, il serait donc indélicat de ma part de souligner davantage un choix que vous avez pris en connaissance de cause. Votre arrogance en camouflerait presque l'étendue de votre acuité. Il vous aurait suffit de déclamer simplement le mot, vous auriez non seulement gagné du temps à terminer notre "petit jeu", comme vous vous plaisez à le décrire, mais cela vous aurait aussi épargné la perte d'une certaine crédibilité. La prochaine fois, tâchez de ne pas traîner en longueurs qui ne sont guère nécessaires, je vous en prie humblement.

Il engloba d'un geste de la main l'endroit humide et froid, sans reculer face à Rose Abscium, parfaitement maître de la situation.

- Votre visage est digne des regards, je ne remets pas en cause cette douce vérité. Je vous conseille simplement d'observer ce caveau ancestral. Ici furent célébrés les arts, les lettres, les langues, les traditions les plus pures et éclairées. L'air est lourd d'histoires, si nombreuses qu'aucun de nous ne serait capable d'en restituer fidèlement la moitié. Le magnifique bal d'été est loin d'avoir touché son terme, et qu'importe si la terre étouffe nos célébrations, il convient de s'y tenir dans cette salle aux trésors inestimables. Vous êtes libre d'aller sans masques, tant que vous en comprenez les implications.

- L'indulgence et la générosité dont vous faites preuves vous honore, Torquato ! s'exclama un homme dont la cécité se remarquait à la lueur des flambeaux, un foulard dissimulant le bas de son visage anguleux, un sourire rouge dessiné sur le tissu gris.

Torquato inclina la tête dans sa direction en remerciement, puis tourna les talons. Sans la musique puissante s'évadant du piano, les lieux étaient d'une tristesse grandiloquente. Judith se mit à trembloter dans sa robe, puisque la température se glaçait au fur et à mesure que le temps passait, s'insinuant partout. Molière vint galamment lui donner son propre manteau, pour envelopper les frêles épaules de la belle rousse. Une fois cela fait, Torquato Tasso, qui arpentait de long en large l'espace s'étalant devant la vieille potence, lança :

- Vous pouvez reprendre votre place, dame Rose Abscium. Vous échouez à évaluer correctement l'ampleur des actes, une audace telle que la votre ne mérite pour seul châtiment que le déni de cet éclat inutile. D'ailleurs, là n'est pas l'unique erreur que vous avez commise dès vos premiers pas sur ces pavés. Soit. Je reconnais que vous avez deviné juste : Tempérance. Je ne suis pas le mieux placé de nos membres pour vous l'expliquer, mais je suis certain qu'Antigone se fera une joie de vous en faire un court exposé. N'est-ce pas, dame ?

La dame en question, ses longs cheveux noirs trempés collés à son masque en spirale noire, n'eut aucune réaction. Elle était complètement amorphe, aussi pâle qu'inactive. L'homme aveugle qui avait parlé plus tôt, positionné sur la tombe à sa droite, sifflota doucement et avec légèreté. Cela rappelait le noble susurrement du serpent. Antigone sursauta, tournant lentement la tête vers son compagnon, puis fit une dénégation. Tout le monde put presque lire le haussement de sourcils de Torquato derrière son masque. C'était plutôt comique.

- Une autre fois, peut-être, ma chère, reprit le porte-parole de la société, visiblement amusé. La Tempérance est une qualité primordiale, à nos yeux, cependant, elle doit accompagner deux autres vertus, que je vous demande à présent de deviner. Esmeralda, vous pouvez débuter le deuxième tour de l'épreuve, je vous souhaite d'obtenir la félicité nécessaire à la découverte d'une première lettre !
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MessageSujet: Re: Phase N°2 : Sombres politesses (Rose Abscium, Esmeralda, Houx, Tarrant)   Sam 5 Déc - 15:39

[Oyez oyez, simples mortels !! Sur un coup de tête, je me suis dit qu'il serait génial d'introduire un petit défi dans l'grand jeu, pardi. Tremblotez pas, j'oblige personne à l'faire, mais c'est un bonus appréciable pour ceux qu'aiment gagner des points et de l'attirail d'qualité, pardi !! Alors vlà que je vous explique : il vous faut essayer d'inclure le maximum de mots suivants dans l'un de vos posts, y a une chouette récompense à la clé.

=> Confiture (1)
=> Briques (2)
=> Salamandre (3)
=> Harmonie (4)
=> Chichement (5)
=> Mathusalem (6)
=> Pardi ! (7)

Si vous êtes plusieurs à relever le défi, j'vous départagerais, pardi. Vous verrez bien ce que vous gagnerez, je vous gâche pas la surprise ! Bonne chance, et gardez les pieds sur terre, si j'puis me permettre, héhéhé !]



(Ceci est un défi Hors RP, n'en prenez pas compte autrement que de la forme du role play)
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MessageSujet: Re: Phase N°2 : Sombres politesses (Rose Abscium, Esmeralda, Houx, Tarrant)   Sam 12 Déc - 13:14

Malgré les quelques remous que j'avais causé précédemment, l'éclat de la jeune femme passant après moi avait détourné toute attention de ma personne. Elle avait deviné le premier mot avec si peu de choses ! C'était brillant, moi-même, je n'étais pas sûr d'en avoir fait autant si je m'étais senti rien qu'un peu concerné dans le jeu proposé par nos sombres hôtes. Il y eut quelques chuchotements encore, avant que le tombeau de briques grises ne redevienne totalement silencieux. C'était à ma fiancée de s'exprimer. Bientôt, je pourrai agir. Tout était une question de seconde, chaque geste devait être coordonné, en harmonie avec les autres, où ce plan échouerai lamentablement, et à ce moment là… Je n'aurai pas de plan B. Il fallait que je réussisse. La pression semblait écrasante sur mes épaules, mais je ne pouvais pas flancher. Yume, semblée calmée et déterminée, fit quelques pas, se détachant presque de ma prise. Pas encore… Elle ouvrit la bouche…Pas encore…

-Je choisis la lettre….


MAINTENANT ! Soudainement, je réaffirmai ma poigne et sans attendre une seconde de plus, je me mis a courir, l'entrainant avec moi. Il me sembla que la confrérie masquée me regardait étrangement. Il était vrai qu'y aller en marchant aurait été plus civilisé et majestueux, mais pour me faire sortir, j'avais besoin d'élan et il n'était pas sûr qu'ils m'auraient laissé emporter Judith. Je sentais Yume essayer de me ralentir en tirant sur mon bras, mais étant bien plus fort physiquement, ça ne me ralentit en aucune façon. J'arrivai au niveau de la belle prisonnière bien protégée. Dans un premier temps, je fis mine de l'ignorer et passer devant elle sans me soucier de son sort, puis au dernier moment -coup de chance, sans doutes- j'arrivai, l'ayant légèrement dépassée, à saisir sa main, et à la tirer près de moi. Je saisis directement sa taille, en gentleman que j'étais, pour l'aider -ou l'obliger qu'importe- à courir sans qu'elle n'éprouve aucune douleur. Ensuite, tout se déroula très vite. Je ne sus même pas si certains avaient quittés leur places pour m'empêcher de faire quoique ce soit, je me rapprochais de Torquato et du vitrail majestueux. J'eus presque un pincement au cœur à l'idée de détruire une si belle œuvre d'art. Mais la sécurité avant tout. Yume tirait de plus en plus sur mon bras. J'avais à présent dépassé la chaise de fer du maitre du lieu. Vite, j'attirais Yume près de moi, afin d'avoir une demoiselle sous chaque bras.

Mais à cet instant, si près du but, survint un problème que j'avais banni de l'équation: Profitant de cet élan, ma fiancée se délivra de mon emprise et, à terre, glissa devant moi. Sur le moment, je ne compris pas ce qu'il se passait: je me sentis simplement stoppé net dans ma course, et je tombais en avant, ne lâchant cependant pas Judith. Ce n'est qu'à la seconde d'après, où tout mon poids était étalé sur le corps frêle de Yume que je compris. Elle m'avait fait un croche patte. Volontairement. Paniqué, je me relevais et je constatais avec soulagement qu'elle ne semblait pas blessée. Avec mon bras de libre je la remis debout. Le caveau était silencieux, pas un souffle ne se faisait entendre. Je sentais tous les regards posés sur nous, ainsi qu'un étrange mal se saisir de mon estomac, accompagné d'un goût de trahison s'attaquer à mon palais raffiné. Pourquoi diable avait elle fait cela ? En jetant un regard en coin à l'autre demoiselle, qui ne se débattait pas, je crus voir, chez elle aussi, un début d'incompréhension.

-Mais pourquoi, fais tu cela ? On était si près du but ! Regarde dans quel pétrin tu nous as mis….

-JE vous ai mis ? C'est une blague ?
Elle semblait vouloir m'assassiner rien qu'avec un regard. Excuse moi, ce n'est pas moi qui a essayé d'enlever deux jeunes filles contre leur gré, pour passer dans un vitrail et tous nous réduire EN CONFITURE !
-C'est toujours mieux que de ne rien faire ! On ne joue pas la vie d'une innocente, pas comme ça ! Je ne peux pas supporter de la mener à sa mort juste pour un jeu stupide et un prix qui n'en vaut pas la chandelle. Tu es vraiment d'accord avec ça ?
-Je n'ai jamais dit ça. Elle se radoucit un peu. Mais il faut que tu comprennes une chose. Il n'y a pas que toi. Tu fais tout selon ton idée, tout seul. Et si moi je n'étais pas d'accord ? Tu aurais fait quoi ? Bien sûr que c'est stupide, et bien sûr que tu avais raison d'essayer de sauver Judith. Mais pas comme ça. C'est lâche et irrespectueux. En plus, tu as failli détruire une œuvre d'art magnifique, qui elle, n'a rien demandé à personne.

Elle soupira.

-Yu…Eum…Esmeralda ! Je te l'accorde, cette œuvre d'art est superbe, de bon gout et surement vielle comme Mathusalem, mais notre sécurité passe avant ça !

-Mathusa-quoi ?

J'oubliais parfois que Yume avait de grosses lacunes culturelles, et qu'en plus de cela, tout ce qui concernait de près ou de loin la religion l'horripilait.

-Je t'expliquerai.
-Bon, tu as mon point de vue maintenant. Tu aurais pu faire autrement. Et voilà un point qui nous différencie toi et moi. Tu as toujours besoin de grandiose, dans ta vie, dans ta fortune, dans tes actions. Tu sais, un peu de simplicité ne fait de mal à personne ! On pourrait vivre chichement dans une maison de campagne avec des poules, je ne serai que plus heureuse ! Vois ça pareil: tu aurais juste pu demander. A la place, tu as préféré faire à ton idée, causer ce grand bordel, et en plus de ça, provoquer une scène de ménage en public, et qui plus est, a cassé toute l'ambiance.
Elle se retourna vers l'assemblée. Excusez nous, hein !
-Tu pourrais vivre à la campagne…?
-Pardi ! Tu ne me connais vraiment pas… On en parlera plus tard, ce n'est vraiment pas le moment. Fais ce que tu veux à présent. Renonce à ce plan suicide et connais ce que l'assemblée te réserve, ou pars avec Judith -j'en serai rassurée- mais moi je reste. Je ne fuis pas.

Sur ces mots, elle alla se replacer aux côtés des deux jeunes femmes. J'avouais que je ne l'avais jamais vue si noble auparavant, et j'étais sûr que tous les autres voyaient aussi cette aura brillante qui l'entourait quand elle marcha le long du caveau. Malgré tout ce qui venait de se passer, on attendait encore sa lettre.

-Un A. A comme Audace.


Il me sembla qu'en regardant le maître des lieux, elle lui demandait silencieusement d'être indulgent avec moi. A présent, je ne savais plus quoi faire. J'étais dos au grand vitrail, Judith que je tenais toujours délicatement à mes côtés. Pour ma part, je n'étais pas prêt à abandonner Yume, et à tout instant, j'étais prêt à recevoir la punition adéquate, si je restais avec elle. Mais je considérais que cette décision ne m'appartenait pas. Je me retournai vers la jolie rousse, qui elle aussi, me regardait à travers son masque de cristal, toujours à moitié impassible.

-La décision finale ne me revient pas, après cela. Que souhaitez vous faire Judith ? Quel que soit votre choix, je ne m'y opposerai pas et vous suivrai. Veuillez me pardonner pour cette… intervention quelque peu brutale.


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MessageSujet: Re: Phase N°2 : Sombres politesses (Rose Abscium, Esmeralda, Houx, Tarrant)   Lun 21 Déc - 11:57

Parmi l'assemblée d'individus distingués, personne ne quitta sa place attitrée alors que le jeune Tarrant s'élançait le long du chemin tortueux menant au cœur du sanctuaire. Ce qui fut encore plus surprenant, c'est que même les deux gardiens de Judith s'écartèrent sur le passage de l'intrépide invité d'honneur. Non! y alla même de son petit encouragement tandis que Oui! grinçait des dents et se retenait à regrets d'étriper sa proie. Judith ne fit rien pour entraver la course, mais ne facilita pas non plus le sauvetage. Elle se contentait de se laisser porter par l'impulsion fougueuse de Tarrant, ses longs cheveux roux s'évadant sur ses épaules en un voile d'automne. Chacun attendait avec une curiosité polie, dans l'expectative, comme le ferait un gentleman écoutant courtoisement l'une de vos plaisanteries en se préparant à la chute de l'histoire. La seule action de Torquato Tasso, en voyant venir à toute vitesse le trio, fut de s'asseoir sur la potence, les jambes croisées, les mains jointes sur ses genoux.

L'échec de la tentative provoqua à peine un battement de cils de la part des spectateurs. Lorsqu'Esmeralda regagna sa place, quelques soupirs se firent cependant entendre, et Non! leva les bras vers le ciel de pierre dans sa déception. Celle-ci fut de courte durée puisqu'il la chassa aussitôt d'un revers du menton en sautillant et en applaudissant. Cette infusion de joie résonna d'abord seule dans l'immense caveau, puis fut rejointe par un tonnerre d'ovations. Attention, il faut noter que l'ovation, de la part d'une société aussi éminemment soignée que celle-ci, se fait sans cris, sans frénésie, sans gesticulation inutile : les honneurs sont rendus par le concert des paumes solides et des doigts délicats qui se frappent en rythme, le respect affiché dans les regards, la tenue impeccable.

-"L'audace ! Je n'aurais guère mieux résumé la puissance d'une telle résolution en un seul mot." fit remarquer Pierre Abélard.

-"Mes plus sincères félicitations, jeune lion !" rugissait Juvénal, dont les applaudissements étaient puissants et implacables, rappelant le tonnerre déchirant les roches, la houle s'abattant sur la montagne, le brame du cerf prince des forêts.

-"La témérité saigne à blanc quiconque ose s'en faire le porte-étendard, néanmoins, je reconnais que c'était admirable. Vous avez les congratulations de cet humble Sophocle, Tarrant." énonça calmement le gentleman pourtant atteint de cécité. Sa voisine, la sinistre et pâle Antigone, devait lui avoir murmuré toute la scène.

-"Bravo, bravo, bravo, bravo monsieur !! Encore, s'il vous plaît ! Encore, avec une galipette cette fois !!" chantonnait la Camargo.

Tandis que Rossinante levait son verre à la santé du courageux invité et qu'un homme coiffé d'un turban immortalisait l'instant en prenant une photographie, Judith recula d'un pas. Elle serra le manteau de Molière sur ses épaules et remit un peu d'ordre dans sa chevelure. Même après une telle chevauchée, sa prestance demeurait inaltérable. La jolie rousse inclina gracieusement la tête à l'encontre de Tarrant. Aucun son ne s'élevait de derrière son masque de cristal, pourtant, sa gratitude était claire. Elle tendit au jeune homme un long ruban bleu, au tissu aussi doux que la caresse de l'eau, d'une légèreté aérienne. Une fois que son cadeau fut remis, Judith revint docilement vers ses geôliers.

Torquato Tasso, satisfait de la tournure des événements, tapota légèrement le bord de la plateforme pour ramener le silence. Il considéra un instant Tarrant, pensif.

-"Nul parmi nous n'a vu dans votre geste un grave manquement à l'étiquette. Vous êtes fidèle à vous-même, à vos principes, et vous avez eu la décence de présenter vos excuses à la dame. D'autant plus que punir votre... Il fit une pause calculée, jetant un regard amusé à Esmeralda. ... votre audace, ce ne serait qu'injustice et irrespect. Judith vous a remise sa  faveur, à vous d'en être digne, dorénavant. C'est une femme de peu de mots. Ce simple geste signifie le monde. Je vous conseille donc de ne pas ternir ses espoirs.

Il claqua des mains et la Maudite, toujours postée au piano, fit de nouveau danser ses doigts fins sur les touches. La musique était lente, pleine de tendresse et de douceur. Certains morceaux retentissaient avec force, tandis que d'autres adoptaient un rythme faible mais soutenu.


Torquato fut absorbé pendant quelques minutes par la mélodie, avant de murmurer sobrement :

- Chère Esmeralda, le A ne figure dans aucun des deux mots qu'il vous reste à deviner.


Et de fait, l'assemblée put constater que Judith n'était pas revenue à son point initial, mais s'était arrêtée à deux rangées de tombes à peine de la potence, et de Torquato lui-même, toujours assis. Dangereusement proche. C'était désormais au tour de Houx, bien que personne ne lui demanda de donner sa lettre : cela allait de soi.
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MessageSujet: Re: Phase N°2 : Sombres politesses (Rose Abscium, Esmeralda, Houx, Tarrant)   Ven 25 Déc - 19:50

L'acte de ce jeune homme était à mon avis, profondément courageux, et me faisait à présent culpabiliser. Il avait tenté de la sauver au lieu de jouer sa vie, une décision ô combien noble ! Et la manière dont il avait filé entre les pattes des gardiens... aussi aisément que l'aurait fait une salamandre ! Et la jeune fille en robe confiture-de-fraise (dont l'harmonie des couleurs était stupéfiante) avait osé stopper net leur fuite en faisant un croche-pied au sauveur, qui s'étala aussi lourdement qu'une brique. Elle était folle, pardi  (et inculte... ne pas connaître Mathusalem, tout de même...)! Voyez le résultat : Judith n'était plus qu'à quelques misérables pas de la potence. Elle va se faire tuer, elle va se faire tuer! Je refusais de voir ça. Si je restais une minute de plus, je risquais de tomber dans les pommes ou de rendre le repas de la soirée à cause du stress intense qui faisait pression sur ma personne.
Et moi, qu'avais-je fait depuis le début ? J'avais accepté de mettre en péril la vie d'une innocente en proposant une lettre qui l'avait littéralement rapproché de sa mort.

Oh seigneur, pardonnez-moi, je suis un monstre!, me lamentais-je intérieurement.

Je ne pouvais pas assister à la pendaison de Judith, j'aurais eu sa mort sur ma conscience. Et ma conscience pouvait supporter beaucoup de chose, de refuser chichement de donner de l'argent à un mendiant, à voler secrètement quelques livres de science fiction à mon petit frère (je suis pourtant une fervente croyante, je vous assure!).
J'optais donc pour la solution du lâche. Dans tous les cas je culpabiliserai, mais cette option m'épargnerait une vision traumatisante. Je choisis de quitter ce jeu cruel, ce que j'aurais dû faire depuis le départ.

- Je crains que mon cœur ne soit pas assez bien accroché pour continuer. Je déclare forfait ! Pendez cette pauvre fille si vous y tenez, mais sans moi ! Mesdames, mesdemoiselles, messieurs... je vous souhaite une bonne soirée, riche en évènements macabres !


Je me dirigeais vers la sortie d'un pas rapide avant de m'arrêter. Je me retournais.

-Mais avant.... je souhaiterais savoir... pourquoi ? Pourquoi ce petit jeu ? La pendre ? Réellement ? Pour une stupide histoire de tricherie ? Pourquoi nous ? Pourquoi tout ceci, en fait.

Je restais plantée là, déterminée à avoir ma réponse. Quelque chose me dérangeait dans cette histoire.

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MessageSujet: Re: Phase N°2 : Sombres politesses (Rose Abscium, Esmeralda, Houx, Tarrant)   Jeu 21 Jan - 22:37

Si Torquato fut surpris par le soudain abandon de la jeune Houx, il n'en laissa rien paraître et inclina respectueusement son visage masqué dans sa direction. Il s'attendait à ce que chacun des invités d'honneurs s'évertue jusqu'au bout à jongler avec les mots, mais le gentleman avait clairement surestimé leur sang froid. Il avait cependant donné sa parole : ils pouvaient quitter l'épreuve à n'importe quel moment, il n'allait certainement pas les retenir contre leur grès. Alors qu'il s'apprêtait à employer les formules d'usages lorsqu'un convive prenait congé, Houx se retourna vers lui.

-Mais avant.... je souhaiterais savoir... pourquoi ? Pourquoi ce petit jeu ? La pendre ? Réellement ? Pour une stupide histoire de tricherie ? Pourquoi nous ? Pourquoi tout ceci, en fait.


C'était la question la plus sensée de cette longue soirée, et de loin. Les yeux de Torquato Tasso se firent acérés comme des poignards, derrière le masque de ses politesses. Il se leva et s'avança dans l'allée, dépassant Judith et ses gardiens, puis comblant par de grandes enjambées la distance qui le séparait des quatre participants de l'épreuve, Houx étant légèrement en retrait par rapport aux trois autres. Il posa son regard tour à tour sur Rose Abscium, sur Tarrant, sur Esmeralda, sur le plafond ébréché, sur les statues délabrées, sur les gouttes d'eaux qui dévalaient les murs de pierre et enfin sur Houx. L'homme s'était rapproché dans l'unique but de murmurer, afin de se faire entendre malgré la musique ricochant à travers l'antique salle.

-"Les lettres que vous avez reçues, chers invités, furent écrites avec une encre sincère, de même que la vérité anime chaque phrase que j'ai pu prononcer à votre encontre. Vous êtes ici parce que l'intérêt que nous vous portons va au-delà de la pure curiosité. Nous pensons discerner en vous une étincelle, une lumière ténue qu'il serait aisé d'attiser en une flamme majestueuse, la même qui brûle en nos coeurs. Nous ne désirons ni vous forcer à accepter nos valeurs, ni insinuer en vous une peur grandie par l'ampleur de ce que vous ignorez. Libre à vous, je vous le reconnais, de qualifier notre noble institution de tous les noms possibles et inimaginables, mais cela serait un jugement hâtif, il ne vous appartient de condamner un être qu'après de sérieuses investigations. En cela, je vous assure, chère Houx, que la condamnation de Judith est exactement proportionnée aux crimes qui sont les siens. Si ma mémoire ne fait guère défaut, nul parmi nous n'a jamais précisé quels méfaits furent commis par notre délicate amie."


Il désigna d'un mouvement de la main l'instrument de mort. Déterminer si l'engin avait déjà servi ou non était difficile, voir impossible. Torquato reprit :


- "Potence est un terme qui nous vient du latin potentia. Cela signifie, entre autres, pouvoir. Cet objet représente le pouvoir. Nous sommes les détenteurs de ce pouvoir. Nous choisissons de l'user selon des règles très anciennes, des vertus enfouies, universelles. Le pouvoir peut engendrer tant de malheurs... On ne peut pas tous les empêcher, hélas. Si il en est ainsi, justifions ces maux par des lois, pour qu'ils viennent d'un pouvoir juste et équitable. Notre potence est vertueuse, elle n'est source d'horreurs qu'en application de nos valeurs. Judith est l'une des nôtres, elle connaît nos règles et leurs conséquences. Mais si jamais elle venait à renier tout cela, à rejeter l'argile qui façonne nos âmes, Judith serait libre de vaquer sans la moindre épée de Damoclès. Son châtiment, injustifié, disparaîtrait. J'arbore l'espoir que cela clarifie votre question, ma chère."


L'homme distingué fit quelques pas, venant se placer à côté de la personne la plus proche, postée face à l'une des premières tombes. Il s'agissait d'une femme si éblouissante que l'on pouvait se demander pourquoi on ne l'avait pas remarqué plus tôt, si jamais c'était le cas. La beauté est souvent subjective, néanmoins, en terme de finesse, cette dame était incontestablement une reine. Sa robe aux couleurs de l'été était chatoyante, à l'image de son sourire, une aurore boréale aussi naturelle qu'éphémère. Un masque égyptien d'or dissimulait à demi ses traits enchanteurs, à hauteur de ses yeux et de son front, mais elle dévoilait son menton sélénien, ses épaules nues et la candeur de ses joues. En comparaison, Judith et Rossinante, de merveilleuses fleurs des champs, paraissaient fanées.

-"Chère Nerfétiti, notre demoiselle d'honneur, étoile de cette illustre soirée, avez-vous un mot à ajouter pour rassurer notre invitée ?"


-"Lorsque je n'étais qu'une enfant écervelée,"
commença Nerfétiti avec bienveillance, d'une voix harmonieuse. ", mes chers parents m'emmenèrent admirer les tours d'un célèbre magicien, réputé pour ses illusions stupéfiantes. Il était effrayant, avec des sourcils hirsutes et une barbe pointue. Je l'entends encore vociférer au public, son sourire menaçant de m'arracher aux bras de mère pour m'engloutir tout en entier - j'étais assez menue et naïve pour m'en convaincre, à l'époque -. Le chapiteau empestait la fumée, la sueur, on étouffait. Derrière le magicien, on pouvait entendre des cris étranges, de bêtes exotiques qui m'étaient alors inconnues. J'étais terrorisée. Puis, il a fait entrer son assistante sur scène, une femme aux lèvres rouge sang, pour qu'elle aille s'engoncer dans une vilaine boîte décolorée. Le magicien s'est alors mis à scier, lentement, et ensuite vigoureusement, tandis que la foule s'esclaffait et poussait des exclamations feintes. Tout le monde avait déjà vu ce tour des milliers de fois, mais pas moi. On m'incita poliment à me taire alors que je protestais, mon père m'indiquant d'attendre la fin. Aussi fus-je silencieuse lorsque la femme se mit à hurler. Son rouge à lèvres vint tâcher la scène, alors que le magicien continuait frénétiquement sa sordide besogne. J'étais jeune, la foule riait, l'air s'emplissait d'une odeur abominable. Ce jour-là, j'ai cru au spectacle, alors que la vérité était tout autre. L'illusion n'en était pas une."

Ayant achevée sa macabre histoire, la magnifique demoiselle rejeta en arrière ses cheveux d'or mêlés d'argent et se fit silencieuse. Torquato Tasso remercia Néfertiti de sa contribution. Il s'inclina en direction de Houx :

-"Je vous souhaite une agréable nuit, demoiselle Houx. Soyez prudente sur le chemin du retour, je suis certain que Molière sera ravi de vous guider à travers ce dédale jusqu'aux portes de la tour. Prenez soin de vous, je vous remercie d'être venue, au nom de toute la société que je représente, ce fut un plaisir de vous avoir parmi nous. Je suis sincèrement navré si tout ceci vous aura brusquée ou blessée, ce n'était guère notre attention. Adieu, jeune fille."


Tandis que Molière escortait Houx hors de la salle caverneuse, l'impeccable Torquato reprit le chemin de la potence. Dos aux invités d'honneur, réduits à trois courageuses âmes, il attendait que l'épreuve reprenne son fil. Chacun devait connaître par coeur son ordre de passage, désormais.
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Charles-Henri

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MessageSujet: Re: Phase N°2 : Sombres politesses (Rose Abscium, Esmeralda, Houx, Tarrant)   Sam 26 Mar - 19:44

Après la surprise des ovations, je subissais le frisson de l'anecdote. Dans quel but nous racontait elle cela ? Était ce même vrai ? Honnêtement, j'avais un peu de mal à croire que des individus aussi passifs et stupides existaient réellement. Regarder un être humain se faire découper en riant, c'était d'un mauvais goût ! Il était vrai que ces tours de prestidigitation, même inoffensifs, étaient d'un ridicule consternant. Mais ce qui était encore plus ridicule, étaient les personnes qui payaient très chers pour voir ces clowns exécuter leurs vulgaires tours de passe-passe, et qui prenaient tout leur argent. Ces sottises, volaient non seulement seulement notre fortune, mais drainaient aussi du temps précieux. Au lieu de s'émerveiller sur des charlatants et pire, d'essayer de comprendre leurs tours, il y avait tellement de choses intéressantes et utiles à faire ! Courtiser sa fiancée, faire décoller ses actions, accroître ses parts du marché...  Il fallait être redoutablement stupide pour ne pas s'en rendre compte ! ...A moins que je possède un cerveau trop supérieur pour comprendre leur intérêt futile...? Oui, cela devait être ainsi. Yume et moi-même, sommes des êtres brillants et élevés, qui se penchent sur les petits gens perdus avec un œil bienveillant. Pourtant, Yume aussi prétend adorer ce genre de pitreries insignifiantes. Mais c'est un être redoutable, dont l'intelligence peut parfois approcher la mienne. (Je ne lui en veux pas, c'est impossible d'y parvenir. C'est prouvé scientifiquement !) Je suis certain qu'une stratégie surprenante se cachent derrières ses applaudissements enthousiastes. D'ailleurs, que pense t-elle de cette histoire ?

Quand je me retournai vers elle, je fus comblé de voir qu'elle aussi, me regardait de ses yeux verts. Ou.. plutôt, si l'on rectifiait: Elle fixait mon poignet, avec une appréhension plus que visible. Il semblait que le présent de Dame Judith ne lui plaisait pas. Yume était-elle jalouse ? Ce n'était point de ma faute, si j'avais un succès fou après des femmes ! Elle savait aussi que je n'aimais qu'elle...Je l’espérais. La belle se racla la gorge. Avait-elle attrapé froid ? Apparemment, à la vue du regard rempli de sous-entendus qu'elle me lançait, ce n'était point le cas. Ciel ! C'était mon tour, je l'avais oublié. Alors que Judith était à quelques pas de la potence... Quel tête de linotte je fais. Ca ne me ressemble pourtant pas. Ce doit être la fatigue, mêlée au stress. Même la perfection a besoin qu'on la ménage. Avant de m'avancer,je caresse le tissu bleu autour de mon poignet. Il a un parfum délicat d'hortensia. Je souris brièvement. Mon sourire s'agrandit quand j'entendis Yume grommeler.  

Je relevais la tête et m'avançais. Je ne devais pas décevoir Dame Judith. Elle m'avait donné sa faveur, après tout. Je ne voulais pas qu'elle meure. Il ne fallait pas qu'elle meure. Je parcourais l'assemblée du regard. Nous n'étions plus que trois.

"-Un E. Comme Espoir. "

Je repris ma place initiale, sans cérémonie, en attendant le jugement de Torquato Tasso, le marionnettiste de ce spectacle ridicule.
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MessageSujet: Re: Phase N°2 : Sombres politesses (Rose Abscium, Esmeralda, Houx, Tarrant)   

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Phase N°2 : Sombres politesses (Rose Abscium, Esmeralda, Houx, Tarrant)
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