Forum de jeux de rôles inspiré par l'univers de Tim Burton
 
AccueilPortailFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Retrouvailles ferroviaires (Emily)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Yume

avatar

Messages : 772
Date d'inscription : 18/01/2014
Age : 16
Localisation : Près du bar

Feuille de personnage
Points de folie: 228
Démence:
1/7  (1/7)
Expérience:
150/1000  (150/1000)

MessageSujet: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   Ven 5 Jan - 22:25

Le soleil venait de se coucher, donnant à cette fin d'hiver un air lugubre que j'avais un jour apprécié. Il pleuvait à torrent.

Je soupirai, regardant le rideau compact se formant au delà du perron. Mettre les pieds dehors provoquait chez moi une appréhension semblable à des souvenirs presque effacés. L'enveloppe coincée dans mon manteau me procurait une chaleur réconfortante.
Mon cœur, pourtant, se serra soudainement. Cela faisait déjà trois mois que c'était arrivé.
Trois mois cloîtrée dans ces murs dont je n'avais pas une seule fois songé m'évader; Trois mois à me détester, à alterner mon temps entre pleurer toutes les larmes de mon corps et à boire toute l'eau que je pouvais pour ne pas mourir desséchée.

Mes entrevues avec Emily étaient bien la seule chose qui m'avait manqué de l'extérieur : c'était d'ailleurs cela qui me poussait à m'y aventurer de nouveau aujourd'hui. J'avais reçu un très court message dans l'après midi, me demandant de la rejoindre à la gare, bien évidemment, après le coucher du soleil. Je commençai à me faire un chemin à travers la pluie battante, toujours aussi pensive. Je n'avais eu aucune nouvelle de sa part durant ces derniers mois, tout comme elle n'avait eu aucune des miennes; Ce n'était pas une raison pour laquelle nous nous fâchions. J'imaginais qu'elle avait supposé que j'étais occupée, ou qu'elle l'était trop elle même pour s'en soucier.

D'ordinaire, nous nous retrouvions comme si nous nous étions vues la veille et rattrapions naturellement le temps perdu, tout en poursuivant nos petites enquêtes. Nous passions des soirées dehors, chez moi, et parfois même dans son petit appartement, même si ce ne fut qu'une fois.
Mais à présent, j'avais peur que quelque chose change. Il y avait une différence à toutes ces autres fois. Je n'avais jamais eu de problèmes. Toutes ces petites contrariétés qui par le passé m'avaient parues immenses n'étaient que poussières. Je devais me rendre à l'évidence: Dans mon état actuel, je me sentais incapable de répondre avec l’enthousiasme qui me caractérisait habituellement. Je me ressaisissais, tandis que j'accélérai le pas.

Et elle ? Avait elle eu des problèmes que j'avais toujours ignoré ? Ça ne m'étonnerait pas... Son sang froid pouvait être à une telle épreuve qu'elle l'aurait simplement caché, et aurait été égale à elle même... Je tentai de chasser ces pensées négatives. Si nous nous étions réunies, c'était pour toutes deux passer du bon temps. J’espérais simplement ne pas avoir le droit à un interrogatoire une fois arrivée.

C'était bien ma seule crainte pour ces retrouvailles. Car que répondre à cela ? Après notre rencontre, ni elle ni moi n'avions reparlé de nos histoires de cœur. Aucune de nous n'avait exprimé le souhait de ramener ce sujet dans nos conversations pourtant interminables. N'était ce pas ce dont les meilleures amies parlaient souvent d'ordinaire ? Qu'importe. Cela m'avait vraiment arrangée jusqu'ici. Comment lui raconter, tout d'un bloc, que j'avais, pendant plus d'un an, entretenu une relation ambiguë et protégé un individu que je savais avoir potentiellement du sang sur les mains ? C'était justement ce genre de comportements qu'elle et moi condamnions...  Voilà qui ferait de moi une parfaite hypocrite... Elle penserait sûrement bien moins de moi... Je ne voulais pas la décevoir. Je ne voulais pas perdre notre amitié.

Je voyais la gare d'Euston approcher au loin; Les fumées des locomotives s'échappaient vers le ciel gris. Mon estomac se nouait tandis que j'apercevais l'arc majestueux se dresser dans le léger brouillard qui s'était formé. La pluie s'était arrêtée.
 D'après sa missive, elle m'attendait sur le quai numéro deux. Avançant avec plus de réserve, j'essayais d'anticiper la situation. Nous nous rencontrions pour généralement deux raisons. Elle avait mis la main sur une information croustillante, quelque peu mystérieuse sur laquelle nous nous renseignerons par la suite, ou elle avait simplement envie de me revoir. En vue de ce lieu de rendez vous assez incongru, il est bien plus probable qu'elle ait de nouveau trouvé nouveau sujet d’investigation. Prenant une autre bouffée de courage, je m'engouffrai dans le bâtiment.

L'air s'était déjà réchauffé, le charbon chauffant de part et d'autre de la bâtisse. Malgré l'obscurité naissante, la gare ne se désemplissait pas: Couples et familles s'affairaient telles des petites fourmis pour ne pas se mettre en retard. Repérer Emily allait être plus ardu que ce que je ne croyais... Alors que je me frayais un chemin parmi ces gens, j'attrapai du regard mon reflet sur l'une des fenêtres givrées. J'ai connu des jours meilleurs. Les traces grisâtres sous mes yeux semblaient me supplier pour une bonne nuit de sommeil, et mes joues ayant perdu leur aspect rebondi témoignaient de quelques kilos perdus. Je soupirai et me détournai rapidement de cette distraction: Le quai numéro deux me faisait à présent face.

Je m'y engageai sans difficulté; Le train disparaissait déjà dans le brouillard. La lune apparaissait à travers le toit de verre, baignant les coins les plus reculés du bâtiment d'une pale lumière. Parmi les dernières présences quittant la plateforme, je l'aperçus, figée, faisant face aux rails. Je pris mon courage à deux mains et m'avançai rapidement, prenant un sourire que j'espérais convaincant:

"Emily, bonsoir ! Ça fait un petit moment..! Je suis heureuse de te voir! "


Je m'approchai, pour la prendre dans mes bras.

"J'imagine que tu m'as fait venir ici pour une raison, je me trompe ?"

_________________

Une petite poupée dans un monde d'adulte
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Emily
Admin
avatar

Messages : 678
Date d'inscription : 11/07/2010
Age : 24

Feuille de personnage
Points de folie: 177
Démence:
1/7  (1/7)
Expérience:
150/1000  (150/1000)

MessageSujet: Re: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   Sam 6 Jan - 21:09

Je m'ennuie.
Je m'ennuiiiie.
Je. M'en. Nuie.

Avachie sur le canapé de mon appartement ravagé comme après une guerre mondiale, je soupire brusquement. Cela pour effet de surélever pendant un court instant le journal ouvert posé sur ma figure, ce dernier me servant de principal rempart contre la luminosité. Je songe que je devrais vraiment réparer mes volets, un jour, tout en laissant négligemment pendre l'un de mes bras. Je heurte avec une certaine surprise un morceau de porcelaine, avant de me souvenir qu'il est là depuis un moment parce que j'ai été prise d'une soudaine et fulgurante obsession pour la sculpture chaotique il y a une semaine. Ou peut être était-ce deux?

Je risque un œil derrière mon journal. Les murs de ma pièces peuvent paraître intacts, mais c'est si l'on pose un regard vers le sol que le drame est présent. Des objets brisés de toutes sortes jonchent le parquet maculé de poussière. Des cadavres de tasses de porcelaine, de bouteilles parfum et d'alcool dont le contenu s'est répandu au sol. De vieilles et affreuses chaises récupérées chez la voisine du dessous qui n'en voulait plus, fracassées à mort au maillet pour en récupérer quelques fragments. Des morceaux de fils de fer rouillés et tordus dans l'optique de créer un semblant de structure sur lesquels empiler tous mes modestes trésors dans l'optique d'un résultat.
Résultat qui se traduit par la présence de deux pathétiques tourelles de bois et de feutres grossièrement échafaudées, garnies de nombreux débris de verres destinés à faire croire à la présence de jolis vitraux sur ces batiments. La totalité de ma création est définitivement un echec cuisant. Je voile à nouveau mes yeux de leur masque de papier jaunit.

Je devrais pourtant me décider à ranger tout cela, et laisser derrière moi cette tentative ratée. Mais après tout, rien ne presse, j'ai le temps. J'ai tout le temps. J'ai tout le temps tout le temps.

Une éternité de vide à combler. Des activités à trouver, les meilleurs passe-temps à me fabriquer. Pas trop tôt si possible, pas avec trop de gens s'il vous plait. Laissez moi loin de la foule, mais laissez moi quelques spectateurs. Admirez moi quand je bats des cils, mais surtout, tenez vous tranquille! Que l'on me parle, mais que l'on m'écoute! Donner moi les clefs pour mieux orchestrer le monde, mais que l'on découpe mon cerveau pour me mieux comprendre.


Ooooh, c'est le blues d'Emily.

Je sens que les idées stupides commencent à toquer à la porte de mon esprit! Peut être devrais-je commencer à tester la drogue. Je pourrais essayer, juste une fois, de me gaver d'anti-douleurs ou autre sérums magiques que l'on trouve chez l'apothicaire. Juste une nuit, pour tester. Pour une fois, voyager autre part que dans mon palais de souvenirs, mélanger les dates et les histoires, les prénoms et les visages. Tout recréer sous l'effet de la frénésie. Faire tricher les émotions, trouver de nouvelles obsessions soulevées d'encres colorées.
Et au matin, tout serait terminé. Mon corps délabré m'interdirait cet état d'extase pour la journée. Mais ce n'est pas grave, je n'aurais plus qu'une demi journée à patienter avant de pouvoir recommencer mon manège infernal!
Lorsque je serais lassée de connaître par cœur le secret des morphines, j'essayerais la cocaïne. Cette petite poudre blanche aux effets dévastateurs qui accélérera mon cerveau, et me donnera l'impression d'avoir cette intelligence supérieure, de dominer le monde, l'espace de quelques heures! Je pourrais sortir dehors un soir pour en acheter, devenir une cliente régulière, devenir moi-même, en fin de compte, narco-trafiquante...!

Je me redresse, en secouant brusquement la tête, manquant d'expulser l'un de mes globes oculaires au passage! Une fois les idées en place, j'esquisse un sourire sur mes lèvres. J'ai enfin trouvé la solution à mon ennui dévorant. Je vais me trouver un animal de compagnie.

Cette seule pensée bénie suffit à me donner la force de me relever. Je réalise soudainement que j'avais compté au moins trois ou quatre levers de Lune depuis que je languissais sur ce canapé. Marchant d'un pas cependant toujours las dans des débris de verre, de terre et de bois, je me dirige vers la porte d'entrée de mon modeste appartement. Je l'ouvre, ravie de constater que malgré un manque de régularité pour les récupérer, un petit tas de journaux plus ou moins récents m'attend sagement.

Je rentre à l'intérieur pour les feuilleter avec peu d'entrain. Il ne se passe jamais rien de palpitant à Londres pour le moment! Pas un seul cambriolage ou meurtre inexpliqué. Pas une seule source de divertissement. Une ville banale à une époque banale... Pour une femme banale! Diantre, je me mettrais presque à souhaiter des tremblements de terre, ou un tsunami arrivant de la Tamise.
Et comme pour me narguer, cet insaisissable Full fait la une de la gazette de mardi dernier, résolvant les affaires avant même qu'elles soient dévoilées publiquement. Alors que je m'apprêtait à découper l'article qui revenait sur sa brillante arrestation du phasme, il y a déjà plus de trois mois, je vis sur la photographie en noir et blanc quelque chose qui m'interpella grandement. Derrière tout les appareils photographiques et les bloc-note des journalistes en premier plan se trouvait Full. Et derrière Full se trouvaient un groupe de policier affairés à un autre cas. Et juste derrière l'un d'eux, un homme plutôt petit aux cheveux blond pailles étouffés sous une casquette, je reconnu un visage. Un visage qui n'avait rien à faire ici. Un visage juvénile à moitié dissimulé derrière l'ombre d'une casquette et des mèches folles.

Mon amie et petite protégée, Yume Wilson.

                                                     ---------------------------------

En ce soir pluvieux, je trépignais d'impatience et de nervosité. Je n'avais pas arrêté de fonctionner telle une pile electrique depuis hier, depuis que j'avais donner ce rendez-vous à Yume, immédiatement après l'avoir aperçue aux côtés de Full. Mes dents claquent et je tape du pied! Ah! 
Même si ce sera surement bref, déraisonnable et sans doute peu concluant, ce regain d’énergie et de vitalité me fait le plus grand bien. Et je m'apprête tout de même revoir une amie après des mois passés en ermite! Je suppose que mon aisance sociale va me revenir tout naturellement!

Errant sur les quais, me languissant de l'arrivé de ma petite Yume, je ne peux m'empêcher de faire les cent pas. Je me faufile, zigzagant entre les voyageurs, les bruits et les odeurs. Je croise beaucoup de valises et de gens pressés, de dégustations de beignet frits et... Oh! Un petit chien! Cet vision me fait agréablement penser à cette idée qui avait germé dans mon appartement, alors que j'avais entrepris de le ranger un peu. Avoir mon animal de compagnie ne pourrait que m'être bénéfique, c'est vrai! Avoir un joyeux compagnon fidèle, gambadant à mes côtés! Quelqu'un qui pourrait connaître mon secret et vivre avec sans porter le moindre jugement, et qui m'accompagnerait nuits et jours. Je songerais plutôt à un chat, qui conserverait une certaine indépendance, et qui pourrait se balader sur les toits de Londres sans que je sois obligée de l'accompagner. Quoique, ce doit être un endroit sympathique à explorer!
Un train arrive en gare. Je m'aperçois brièvement dans le reflet de ses vitres. La vitesse du véhicule entraîne avec lui un appel d'air violent qui fait s'envoler mes cheveux en bataille et ma robe grise, mais aussi les pans de mon grand manteau noir à col relevé. Cette machine incroyable est fascinante, joyaux de notre technologie actuelle, fantastique progrès pour permettre à l'homme de parcourir le monde! J'aime cet endroit.

Les voyageurs à bord descendent, d'autres remontent, puis le train repart à nouveau pour de lointaines contrées. Un jour, peut être, moi aussi je pourrais essayer de voyager une nouvelle fois. Retrouver mes racines, mon vieux village de campagne plein de saules et de pierres grises.  Cette pensée me rend mélancolique. Devant moi, je n'ai plus que les rails, et un vide innexplicable qui se creuse en moi. C'est le retour des idées folles. Elles sont brutales, imprévisibles. Et nombreuses, en ce moment. Le prochain train est annoncé pour dans 4 minutes. Un jour, je pourrais décider d'être égoïste. Je pourrais décider d'aller à la rencontre du train qui arriverait sur ces voies. Pour voir ce que cela fait. Pour connaitre le silence. Rien que quelques heures. Quelques heures sans ennui, ni tristesse. Juste quelques heu...

-"Emily, bonsoir! Ca fait un petit moment..! je suis heureuse de te voir!"

L'arrivée de Yume interrompt brutalement mes pensées "suicidaires", pour le meilleur, d'ailleurs! Je la remercie dans ma tête d'avoir interrompu ce sombre tourbillon, même si je ne laisse rien paraître d'un point de vue extérieur. Avant que je ne puisse clairement la regarder, elle me prend dans ses bras. Je reste si stoïquement sur le parvis de mes songes que j'en oublie presque de lui rendre son accolade, me rattrapant d'une etreinte chaleureuse.
Je prends ensuite un peu de distance, contemplant à nouveau son minois charmant. Elle grandit, cette petite! Si cela se trouve, un jour elle paraîtra plus âgée que moi. Toujours cette même mine friponne, néanmoins elle me semble plus éteinte que d'ordinaire. Peut être est-ce à cause de l'heure tardive à laquelle je l'ai convoquée.

-"J'imagine que tu m'as fait venir ici pour une raison, je me trompe?"

Je ne suis qu'à peine choquée par son enthousiasme atténué. J'avoue être aveuglée à toute sollicitude lorsque je pense aux milliards de question qui se bousculent sur mes lèvres. Je peine à toutes les refréner, à me maîtriser pour ne pas lui demander de me rendre des comptes ici et maintenant. Je suis peut être rustre et sauvage dans ces moments, mais ce n'est pas une excuse pour être violente avec ma seule amie.
Alors que je m'apprête à lui répondre, je suis interrompu par le cri du train qui vient nous rejoindre sur ce quais. Les portes s'ouvrent. C'est un train de nuit qui parcourt la ceinture de la ville, pour revenir à cette gare en un peu plus d'une heure. Une ligne assez prisée, mais à cette heure, cela m’étonnerait que nous n'ayons pas de tranquillité.

D'un regard et d'un sourire insistant, mais pressé, je l'invite à me suivre alors que je grimpe sur le marche pied, et commence à explorer le wagon à la recherche d'un compartiment vide. J'en découvre très vite un et m'y installe : quatre sièges en velours se font face autour d'une petite table en bois peu ouvragée. Je secoue un peu ma tête pour essaye de canaliser mes esprits, tout va beaucoup trop vite et mon excitation à l'idée d'un peu de nouveauté et d'opportunité ne se laisse que difficilement maîtriser. Je suis ainsi. Le feu en moi est étouffé depuis trop longtemps, et il bouillonne à la moindre occasion.
Alors que Yume s'installe doucement en face de moi, je commence à m'exprimer :

- "Tu sais, moi aussi je suis ravie de te revoir. J'espère que tu me pardonnera pour ces mois de silence, mais je t'avoue que je n'ai vraiment pas eu la tête à sortir, ces derniers temps..."

Je suis nerveuse, et j'espère que mon expression de folle ne se lit pas trop dans mes yeux. Je sais qu'elle doit se douter de ce que je vais lui dire. Yume n'est pas une idiote. Elle a déjà passé quelques heures dans mon appartement. Elle connait mon obsession pour Full. Même si elle n'a posé aucune question, surement par la plus pure des politesse, il est impossible que ce détail lui ait échappé. Elle avait dû comprendre que c'était important. Alors pourquoi n'a-t-elle même pas cherché à m'en parler, même plusieurs mois après? L'inspecteur lui aurait-il défendu de dire quoique ce soit?... Je ne tiens plus en place!! Tremblotante, je sors de ma poche la une du journal de mardi dernier et la lui met sous le nez. Le train démarre dans un bruit de vapeur, et le roulis des essieux commence doucement :

- "Mais Yume... Il faut que tu me dises... Bon sang, comment est-ce que tu t'es retrouvée à fréquenter Full Saber? Et pourquoi tu ne m'as rien dit??"

J'ai essayé d'être calme, de poser mes mots avec douceur. Mais je crois que ma fénésie, ma folie et ma passion ont repris le dessus.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Yume

avatar

Messages : 772
Date d'inscription : 18/01/2014
Age : 16
Localisation : Près du bar

Feuille de personnage
Points de folie: 228
Démence:
1/7  (1/7)
Expérience:
150/1000  (150/1000)

MessageSujet: Re: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   Dim 7 Jan - 0:47

Je sentis le corps d'Emily tressauter à la seconde où je l'enlaçai; Elle semblait s'éveiller d'un rêve. Peut-être interrompais-je une intense réflexion de sa part ? Elle m'avait en effet parue absente quand je l'avais aperçue, le regard sur les rails. Je me pris à m'inquiéter. Ces derniers mois avaient peut-être été chez elle synonyme de mélancolie.. ? Ma peine n'était pas une raison pour devenir égoïste. Je me promettais aussitôt de faire mon possible pour l'aider, si elle avait le moindre problème.

Mon train de pensée tourmenté m'avait sûrement rendue paranoïaque: Je retrouvai bien vite l'étreinte réconfortante et protectrice de mon amie, chassant mes idées noires. Ce n'était peut-être qu'une absence sans sens. Elle m'avait bien plus manquée que je ne l'aurai pensé ! Nous nous décollâmes rapidement et nous contemplâmes mutuellement. Bien qu'elle n'ait pas vraiment changé, je remarquai immédiatement le feu qui consumait son regard. Ma prédiction était donc juste ! Elle avait mis le doigt sur quelque chose d'intéressant, je la sentais bouillir de l'intérieur.

Je ne pus m'empêcher de sourire, la voyant ainsi. Même si je n'avais pas la grande forme, j'étais heureuse de constater une tel enthousiasme de sa part, que j'espérais communicatif. La voilà métamorphosée en véritable boule d'énergie, me détrônant facilement du titre de reine des excitées. Amusant comme curieux. Qu'y avait il de si passionnant à raconter ? Je réfléchis un instant. Il s'était peut-être produit quelque chose d'extraordinaire durant mes trois mois cloîtrée au manoir, qui sait ? Dans ce cas, je comptais sur elle pour me tenir au parfum.

Quoiqu'il en était, je n'avais pas reçu la moindre remarque concernant mon air misérable. Je la savais pourtant assez honnête pour ne pas taire ce genre de détails; N'avait-elle donc rien remarqué...? L'idée que de n'être pas aussi abîmée que dans mes pensées m'aurait parue agréable, mais il était malheureusement certain qu'il ne s'agissait que cette information secrète l'occupant suffisamment, la rendant moins attentive. Je n'allais pas m'en offusquer ! Je me réjouissais même de cette convenance, pouvant ainsi éviter une inquiétude laissée sans réponse.

Sur le point de répondre à ma nouvelle curiosité, Emily fut brusquement interrompue par la plainte aiguë du train qui approchait notre position, commençant à ralentir. Je me bouchais immédiatement les oreilles. Le bruit me paraissait insupportable. Mes tympans, à présent accommodés au silence lugubre du manoir isolé semblaient s'embraser à l'entente d'un bruit autrefois familier. Il me fallait apprivoiser de nouveau la vie citadine... Mon amie s'était déjà retournée, pendant que les portes s'ouvraient devant nous.

Je compris alors aussitôt la raison de notre entrevue sur ce quai; D'un regard pressé, elle m'invita à monter en sa compagnie. Je quittai la plateforme avec une réticence qui me surprit. A quoi m'attendais-je ? Le déroulement des événements était parfaitement naturel. Pourtant, quitter la ville que je venais à peine de retrouver avait déclenché une légère crainte dont je n'étais pas fière. Je la laissais passer devant et regardai rapidement notre destination: Je me détendis quelque peu. Le train nocturne ne faisait que le tour de la capitale, et revenait en gare pour s'y garer. Je soupirai en rattrapant Emily. Je devrais lui faire un peu plus confiance...

Nous trouvâmes rapidement un compartiment vide et nous installâmes; Je me laissais malgré moi tomber sur la banquette moelleuse, avant de me redresser, lui faisant face. Elle semblait être sur le point d'exploser, ce qui me fit presque rire. Depuis combien de temps tenait elle cette information, sans en parler à personne ? J'ouvris grand mes oreilles, et la laissa commencer:

- "Tu sais, moi aussi je suis ravie de te revoir. J'espère que tu me pardonnera pour ces mois de silence, mais je t'avoue que je n'ai vraiment pas eu la tête à sortir, ces derniers temps..."


Je tiquai: Voilà qui était surprenant, pour une telle énergie! Mes inquiétudes étaient donc finalement fondées... Elle avait bien eu des soucis... Cependant, je n'osai pas en demander davantage. Elle m'en parlerait si elle s'en sentait l'envie. Prendre précisément des nouvelles pourrait rapidement se retourner contre moi. J'annonçai simplement:

"-Ne t'en excuse pas, tu es là maintenant, non ? Et je n'ai pas pris de nouvelles non plus. Moi non plus, j'ai eu besoin... D'un temps de...repos."


Je pausais ma phrase, cherchant à éviter le mot de trop. De quoi me rendre légèrement suspecte, mais à présent, j'étais persuadée que ce ne serait un problème. Elle ne pouvait se contenir davantage. Je la laissais alors exploser, mon amusement grandissant.

- "Mais Yume... Il faut que tu me dises... Bon sang, comment est-ce que tu t'es retrouvée à fréquenter Full Saber? Et pourquoi tu ne m'as rien dit??"


"-..............................................Hein...?"


Quoi. Mais de quoiiii?! Je ne comprenais rien. Je laissas mon visage se décomposer de perplexité, reflétant ma panique intérieure. Le silence s'installa, alors que je tentais de faire fonctionner mes neurones à toute allure. Il me fallait d'abord décomposer la phrase. Tout serait peut-être plus clair par la suite. Dans cette phrase, que devais retenir...? Full Saber et fréquenter.

Le premier sujet ne me faisait rencontrer aucun problème: Je m'étais plutôt bien renseignée sur cet homme; Je l'admirais même, sans mentir. Mais n'était elle pas plus calée que moi ? Je me souvenais clairement des articles à son effigie recouvrant ses murs. Je n'avais pas osé aborder le sujet mais en avait déduit qu'elle le connaissait bien mieux que moi, pour développer un tel autel !

C'était ce verbe qui me bloquait. Fréquenter. Fréquenter, fréquenter, fréquenter... Je me remémorais son sens, pour m'assurer de l'avoir bien compris. Le silence s'éternisait alors que je pensais à un synonyme. "Entretenir une relation suivie avec un individu."
On pouvait en parler pour désigner une relation amicale, tout comme amoureuse... Bien que je ne pensais pas qu'elle le désignait pour un terme aussi intime. Quelle blague !

...........Quoique... Une crainte grandit alors en moi. Et si un journaliste avare avait inventé une histoire de toutes pièces ? On avait déjà tenté de faire tomber Charles-Henri en inventant des histoires de fraudes d'argent... Et en m'attribuant des affaires amoureuses, même si tout s'était rapidement tassé...
J'essayais de me calmer. Je ne voyais pas d'où la presse sortirait une telle information, sachant qu'on ne m'avait jamais vue en sa compagnie. J'extrapolais... Emily ne croyait sûrement pas à ce genre de bêtises. Je m'exprimais enfin, explosant à mon tour d'incompréhension. Rah, ne pourrais tu pas être un poil plus précise ?

"-Mais de quoi est ce que tu parles...? Désolée, mais je ne fréquente pas Full Saber !! Où est ce que tu as vu ça ? Un article douteux dans le journal ? Ou quelqu'un t'en as parlé ? C'est complètement faux. Ce n'était pas toi l'experte ? Je pensais que vous étiez proches, vu l'attention que tu lui portes..! Ne t'a t-il pas démenti la chose ?"


Respirant un bon coup, je jetai un regard à la mine déconfite de mon amie. Je me sentis mal pour elle. Quoiqu'elle ait pu imaginer, je la sentais déçue. Je repris mon calme: Elle méritait que je lui explique quelle était la situation.

"-Fréquenter est un bien grand mot ! Mais c'est vrai que je le...Connais. Si peu que même ce verbe me paraît trop. En vérité, je ne l'ai rencontré correctement qu'une fois... "


Je marquais une pause, mon moral s'illuminant d'un coup. Mais ! Voilà que venait mon moment de gloire.. ! Comment n'avais je pas pu lui raconter ? L’événement s'était déroulé avant que je voie son appartement mais... Serait elle fière de moi..?

"-Et je l'ai aidé à résoudre une enquête."


Je marquais de nouveau un arrêt, mais cette fois ci, afin de marquer le suspense. J'expliquai donc l'affaire.

"-C'était lors de l'une de mes escapades. J'avais suivi une affaire de meurtre au point mort dans une mercerie, et j'avais décidé d'y jeter un coup d'oeil... Oui, je suis rentrée par effraction... Mais je voulais aider ! De fil en aiguille, il m'a surprise sur les lieux. Je lui ai donc dit la vérité. Il n'avait pas l'air ravi, mais j'ai pu jeter un oeil et trouver un indice tellement... évident qu'il lui était passé sous le nez. Il m'a félicitée de ma contribution à l'affaire et... encouragée dans mes enquêtes avec certaines réserves. Je crois qu'il ne m'a pas prise complètement au sérieux parce que je suis une femme. De haut rang qui plus est. Il me voyait certainement plus mère au foyer que détective... Je l'ai vu dans ses yeux."


Plus à l'aise dans mon récit, j'étais prête à tout expliquer; Cependant, soudainement, je m'arrêtai.
Je ne faisais que parler depuis tout à l'heure... Non seulement conter mes aventures d'une traite pouvait être ardu à suivre... Mais quel moyen plus parfait existait-il pour souffler un mot de trop ? Je me tus. Il valait mieux y aller par étapes; Elle avait sûrement des questions.

_________________

Une petite poupée dans un monde d'adulte
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Emily
Admin
avatar

Messages : 678
Date d'inscription : 11/07/2010
Age : 24

Feuille de personnage
Points de folie: 177
Démence:
1/7  (1/7)
Expérience:
150/1000  (150/1000)

MessageSujet: Re: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   Dim 7 Jan - 23:48

-"..............Hein...?"

Ah! Prise sur le fait de non-partage-d'information. Un crime presque à la hauteur de la haute trahison. J'imaginais pourtant que c'était cela que devaient faire les amies entre elles, se confier les informations précieuses et brillantes qu'elles récupéraient, en méticuleuses petites abeilles. Par exemple, si j'avais croisé son préposé aux fiançailles à une bar mitzvah, ou sa sœur cachée à une exposition d'un pseudo artiste spécialisé en mannequins réalistes, je serais cordialement allée lui en toucher deux mots autour d'une tasse de thé. Je ne crois pas être une commère, mais je prends plutôt cela pour de l'information à intérêt transversal. C'est à dire qu'il y avait un intérêt pour moi à l'entendre, et un intérêt pour elle à me le dire. C'est quelque chose de fort , qui demande un niveau de complicité virtuose, lorsque quelqu'un veut entendre quelque chose sans avoir à le demander. Vous me comprenez? Non, je regrette, je ne peux être plus claire!

Le tendre bruit du fer frottant les rails tend à faire frémir mes oreilles. Loués soient les inventeurs, les ingénieurs ayant passé des mois à élaborer une telle merveilles. La sophistication du transport à son apogée. Cette sensation grisante de voir le paysage défiler plus vite qu'à cheval. Les lumières de la ville qui se changent en petites étoiles filantes avant de disparaître loin, très loin de mon champ de vision. C'est une illusion doucereuse qui serait capable de me faire oublier la moindre de mes préoccupations en l'espace d'un instant. C'est d'ailleurs pour cela que les paroles suivantes de Yume provoquent un léger choc dans mon conduit auditif.

"-Mais de quoi est ce que tu parles...? Désolée, mais je ne fréquente pas Full Saber !! Où est ce que tu as vu ça ? Un article douteux dans le journal ? Ou quelqu'un t'en as parlé ? C'est complètement faux. Ce n'était pas toi l'experte ? Je pensais que vous étiez proches, vu l'attention que tu lui portes..! Ne t'a t-il pas démenti la chose ? Fréquenter est un bien grand mot !..."

Foutaises. "Fréquenter" est un mot comme un autre, avec ses privilèges et ses obligations! Faudrait-il qu'il soit considéré avec plus d'égard que ses voisins du dictionnaire? Finira-t-elle par penser que j'ai choisis ce mot dans l'idée féroce de l'induire en erreur et de l’affabuler? Quel fourvoiement! Je voulais simplement dire que, franchement, formidablement, fréquenter Full, même fugacement, n'implique en rien une façon facile de croire en une quelconque implication fentimen... Sentimentale, pardon! A quel niveau en suis-je arrivée pour commencer à avoir un cheveux sur la langue, ou plutôt l'esprit?
Bref, je vois là que j'ai été incomprise. Mon cervelet semble fonctionner à mille à l'heure, comme si la locomotive lui imprimait sa propre vitesse. Je m'apprête à rectifier la situation, mais je n'en ai finalement pas besoin, puisque Yume déclare solennellement :

-"Et je l'ai aidé à résoudre une enquête."

Ah tiens donc? C'est intéressant! Encore plus intéressant qu'elle se met à développer les circonstances de leur rencontre. Mes notes mentales s'activent sur le moindre détail d'une importance cruciale. Je crois que mon obsession est à son comble. La quête qui m'est imposée ces derniers temps résonne en moi comme un jeu, un défi, à relever. Yume est un indice, Yume est une piste! Ma boîte crânienne est devenue une véritable machine à écrire, dont les nouvelles données s'inscrivent avec fracas! Un fracas tellement grand que je ne m'entends plus penser! Silence! C'est à peine si j'entends la locomotive...!
Hum? Je me rends compte en un fraction de seconde que mes mains massent frénétiquement mes tempes alors que Yume termine sont récit. J'essaye de calmer un peu l'état d'excitation mentale dans lequel je me trouve actuelle pour en faire un petit bilan. Que je m'énerve de ne pas réussir à être calme dans cette situation.

Mercerie, meurtre, Miséricorde! Surement l'affaire du Croquemitaine Knapp de septembre dernier. Mais alors, c'est tout? Une simple rencontre sur un lieu d'enquête, un petit coup de pouce, et le tour était joué pour atteindre l'inaccessible inspecteur. Comment a-t-elle fait? Est-ce simplement une histoire de chance, de coïncidence? Bon endroit, bon moment?... Je me sens déçue. Je suis fatiguée de simplement parier sur le quartier où apparaîtra la prochaine scène de crime, chaque nuit ou je ne pianote pas. Cela ne peut continuer. Je vais sérieusement commencer à envisager de fricoter avec la pègre, si cela continue. Ou plus encore, je mettrai moins même Londres à feu et à sang si c'est le seul moyen de récupérer enfin leur attention!!!
Je lâche un soupire. Elle a réussi là où j'échoue depuis des mois. Je me sens misérable, en fin de compte. J'ai l'impression que malgré tout, ma volonté se bloque seule à un mur de verre. Je crois qu'au fond de moi, je suis paralysée par ce silence, par ce gouffre qui se creuse de jour en jour. Plus nos adieux s'éloignent dans le temps, plus je crains nos retrouvailles. Je préférai me prendre une balle dans le crâne plutôt qu'un soupçon d'indifférence de leur part. Je m'avachis sur mon siège, perdant quelques centimètres, et une partie de ma prestance habituelle.

-"Hmmpff... Je vois."

J'allais rester ainsi dans mes pensées, lorsque je me souvins à quel point mon usage du mot "fréquenter" avait perturbé Yume. Je pris donc la peine de me corriger à ce sujet afin de bannir toute trace d'inquiètude ou de malentendu.

-"Oh, et bien évidemment que par "fréquenter", je voulais plutôt dire "côtoyer" ou "rencontrer", si tu préfères. Je n'ai rien insinué, ni même envisagé quoique ce soit de sentimental entre vous, cela va de soit!"

Sacrée Yume, quand bien même elle eu l'occasion de découvrir un léger fragment de misogynie de Full Saber, elle ne pouvait pas se douter que toute sa force sentimentale n'est dévouée qu'à Londres et sa protection toute entière. Une dévotion rare qui n'a pas un seul égal connu à ce jour!
Sans pour autant me redresser, jouant avec le bout de papier entre mes doigts, je continue avec l'entrain d'une ronde de cendres surprisent par la pluie :

-"Bon, et bien je te remercie pour cela. Du coup, euh... Comment ça va? La forme?... je m'interromps en prenant conscience que je connais déjà la réponse à cette interrogation, étant donné l'inclinaison de ses sourcils abattus au dessus de ses yeux qui me regardaient depuis tout à l'heure. Oh. Oublie cette question, et considère plutôt que je viens de te demander quelles horribles mesures protocolaires Charles-Henri essaye encore de t'infliger!"

Décidément, il semblerait que j'ai un peu de mal à me remettre sur les rails d'un comportement parfaitement fluide et équilibré après cette cure de solitude et d'enquête qui me conduit tout droit sur le chemin de la folie.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Yume

avatar

Messages : 772
Date d'inscription : 18/01/2014
Age : 16
Localisation : Près du bar

Feuille de personnage
Points de folie: 228
Démence:
1/7  (1/7)
Expérience:
150/1000  (150/1000)

MessageSujet: Re: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   Lun 8 Jan - 19:49

Alors que je relevais les yeux vers elle, je perçus un changement dans le regard qu'elle portait sur moi. Un changement qui ne me plaisait pas.

Je connaissais Emily depuis environ deux ans; Malgré les périodes semblables à celle que nous venions de traverser, nous nous étions suffisamment vues pour que j'en perde le compte. Et chaque fois qu'elle quittait le pas de ma porte ou qu'elle me tournait le dos au temps de nous séparer, je remerciais cette force qui m'était inconnue d'avoir mis une telle personne sur mon chemin, d'avoir la chance de m'en être fait une amie. Emily était vraiment exceptionnelle. Elle avait eu la patience d'écouter les plaintes interminables d'une misérable inconnue. La douceur de lui prendre la main lorsque les événements avaient tourné au vinaigre. Et surtout ! Ce petit grain de folie et de mystère qui la rendait si passionnante, alors que toutes les femmes de Londres semblaient les mêmes. Elle avait dans les yeux ce feu réconfortant comme provocateur, défiant quiconque d'essayer de s'y brûler.

Pourtant, en croisant son regard en cet instant, ce fut une bien autre lueur que j'y décelais. Une lueur douloureusement familière. Cette lueur étincelant les prunelles d'un père égoïste, que la jeune Yume avait pris pour une affection retrouvée... Qui cachait une toute autre sorte d’intérêt. Une gourmandise devant un objet précieux, un livre ouvert... Cette urge d'en aspirer toute sa connaissance, tout son profit, pour finalement le laisser prendre la poussière. Car à quoi donc sert un objet dont on a déjà tout pris ? Je ne pus m'empêcher d'enfoncer mes ongles dans le velours du fauteuil. Cet étrange désir que j'entrevoyais dans ses yeux gris... m'effrayait... Me blessait. Ce n'était qu'un instant. Mes propres démons me faisaient sûrement exagérer. Mais j'étais certaine d'une chose: Je ne pouvais pas l'avoir inventé.

Je baissais les yeux; Son soupira brisa le silence. Misère... Je faisais de mon mieux pour relativiser: Aucun mot n'avait encore été prononcé. Pourtant, ce simple échange ne faisait que mieux me rappeler l'épée de Damoclès qui frôlait ma jugulaire depuis ma naissance. Car après tout, j'avais bien raison. J'étais si chanceuse qu'Emily ait eu la bonté de me faire une place dans son univers mystérieux...  Combien de temps, cependant ? J'essayais de ne pas y penser, mais... Quand donc mettrait elle le doigt sur cette chose vicieuse qui m'accompagnait et que je ne pouvais voir  ? Il était possible qu'elle ait changé en trois mois. Je ne pouvais cependant rien en dire, ou extrapoler.

Mais existait la chose...

Enfouie au fond de mon coeur, je la savais bien logée. Quoi d'autre ? Le problème devait venir de moi ! Quoi d'autre ?! Mère, Père, Grand-mère, Tarrant, AK !! ...Emily ? Quoi d'autre, si une chose immonde en moi, pour que tout ceux à qui je tenais m'abandonnent un à un ?! Quoi d'autre..?!!

-"Hmmpff... Je vois."


Une voix fatiguée me sortit de mon cauchemar éveillé. Quelques secondes avaient suffi à me transformer en véritable furie. Je n'étais visiblement, pas aussi remise que je croyais l'être. Pourquoi me fallait il Emily comme prétexte ? J'étais venue ici pour me changer les idées, et je finissais par déferler toute ma peine sur un regard que j'avais inventé.

...Ou pas.

Emily ne méritait pas ça. Elle m'avait clairement énoncé qu'elle avait des problèmes. Je devrai m'en inquiéter, plutôt que d'essayer à tout prix de l'incriminer ! Il ne serait pas étonnant qu'elle me quitte après tout...

Peut-être n'aurai je pas du venir.

-"Oh, et bien évidemment que par "fréquenter", je voulais plutôt dire "côtoyer" ou "rencontrer", si tu préfères. Je n'ai rien insinué, ni même envisagé quoique ce soit de sentimental entre vous, cela va de soit!"


Je levai les yeux, surprise. Je ne me doutais pas qu'elle reviendrait sur le sujet...! En tout les cas, il y avait bien eu quiproquo. A quoi pensais je ? Emily me connaissait. Elle n'aurait pu pu avancer une telle théorie sans preuves, et savait que je lui aurai parlé d'une liaison qui ne m'aurait fait honte...

Avais je...honte d'AK? Trop compliqué. Hors sujet.

Quoiqu'il en était, l'entendre me rassurer ainsi, même brièvement me fit quelque bien; Je m'en voulais presque de ma précédente hystérie mentale. Je me réinstallais un peu mieux dans mon fauteuil, à présent fixée. J'avais encore quelques questions, et après cela... Si elle le voulait bien, j'essayerai de me frayer un chemin jusqu'à son cœur et l'aider à tenir avec un peu de sparadrap !

Je lui jetai un coup d’œil inquiet. Emily avait en effet l'air au bout du rouleau. Fatiguée. Découragée. Etait ce ma réponse qui l'avait déçue...? Son problème et Full Saber étaient ils liés, d'une manière ou d'une autre..? Je ne tarderai peut-être pas à le savoir. Malgré la force qui l'avait quittée, elle reprit la conversation, comme si rien ne se tramait... Même Charles-Henri en kilt sur un trapèze m'aurait paru plus crédible.

-"Bon, et bien je te remercie pour cela. Du coup, euh... Comment ça va? La forme?..."


Sa mine désespérée me fit presque entièrement pardonner le désintérêt complet de ma personne caché derrière cette question... Presque. Croisant mon regard, à son tour, elle grinça des dents. Raté, en effet.

-"Oh. Oublie cette question, et considère plutôt que je viens de te demander quelles horribles mesures protocolaires Charles-Henri essaye encore de t'infliger!"


.......................Haha.


Je ne pouvais pas t'en vouloir pour ce coup de poignard Emily. Tu ne savais pas.

C'était une question naturelle à poser. J'aurai soupiré de manière exaspérée et souris. Je t'aurai ensuite fait toute la liste avec un entrain révolté, exagérant même quelques détails pour me rendre un peu plus intéressante.

Mais maintenant, il n'y avait que les images.


Je soupirai. Je pourrai bien te mentir et enchaîner sur ce qui me paraissait important. Mais je ne voulais plus te raconter de sottises.

"-Ce que Charles-Henri a essayé de m'infliger...? "


Je souris, sûrement bien plus tristement que je ne l'aurai souhaité.

"-Rien du tout. En vérité, ces derniers mois, Charles-Henri et moi, nous ne sommes pas disputés une seule fois. Il a été gentil, prévenant. Disponible quand j'avais besoin de lui. Je ne pourrai même pas chipoter; Il n'a été qu'un ange."


Il était bien la seule chose positive sortant de ce chaos. Mais oh combien avais-je du souffrir pour cela...! Pas une seule morale, un "je te l'avais bien dit" étouffant d'arrogance. Il avait été là alors que je ne pensais même pas avoir besoin de lui. Il avait supporté mes larmes, mes excès de colère.. Et mes quelques coups. J'avais été vraiment injuste avec lui. Tous les malheurs du monde n'étaient pas sa manigance.

Lui non plus, je ne le méritais pas. Et pourtant il était resté. Je savais bien son comportement exceptionnel conséquent des événements, mais j'espérais secrètement que rien ne change, et pouvoir pour toujours compter sur lui comme je le faisais actuellement.

"-Il m'a même laissée sortir sans problèmes, aussi tard. Je lui en suis très reconnaissante."


Pourquoi devais-je paraître aussi peinée alors que j'énonçais une nouvelle miraculeuse ? Pourquoi ne devais je revoir que cette absence.. Ce vide ? Les larmes commençaient à me monter aux yeux par réflexes; Je les balayai. Ce n'était pas à elle de régler un tel problème..

Il me fallait être forte comme toi, Emily.


...Et venir à ce qui m'intéressait. Je m'armais de force, et décidai d'enchaîner, avant de me faire couper, que le sujet soit loin. Je voulais l'aider.

"-Mais toi Emily... Tu ne m'as pas dit. Pourquoi cherches tu à trouver Full Saber...? Tu dois le connaître, pour en être aussi... intéressée. Tu n'es pas obligée de me dire, si tu n'en as pas envie...C'est peut-être un sujet sensible.. ! Mais si je peux t'aider en quoique ce soit... J'aimerai me rendre utile. "


J'avais conscience de marcher potentiellement sur une mine, malgré la délicatesse dont j'avais essayé de faire preuve. Mais c'était bien le seul moyen que je voyais pour y voir un peu plus clair.

_________________

Une petite poupée dans un monde d'adulte
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Emily
Admin
avatar

Messages : 678
Date d'inscription : 11/07/2010
Age : 24

Feuille de personnage
Points de folie: 177
Démence:
1/7  (1/7)
Expérience:
150/1000  (150/1000)

MessageSujet: Re: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   Dim 14 Jan - 22:04

Le fait que Yume répète ma question me semble tout... Bizarre. "M'infliger". J'ai utilisé le verbe "infliger"? Cela sonnait mieux dans ma bouche. Je plisse les yeux jusqu'à les conserver clos une seconde ou deux, avant de regarder en l'air. En fait, il semble évident que c'est le verbe "imposer" que je voulais exprimer. Pourquoi est ce que je confonds tous les mots, ce soir? Ce doit être que mon esprit galope si sauvagement dans cette forêt d'idées que fatalement, il trébuche. Enragé.

Depuis quelques secondes, c'est un blizzard glacé que je ressens. C'est comme si mon enthousiasme dévastateur avait dû soudainement s'absenter de mon crâne, laissant le poste de contrôle totalement vide. Un blanc, une absence, une prise de conscience. Appelez cela comme vous voulez, la perte d'une telle intensité est rarement sans certaines conséquences. Une sorte de retour dans une réalité à la vision raisonnée, linéaire et un point de vue avec un recul prévisible qui trouve la situation... Pathétique??!
Comment je suis pathétique?? Qui a dit cela?! Qui a osé le penser?! Je chasse cette idée de mon esprit instantanément. Le pathétique est un fléau qui s'applique de manière consentie. Tant que je n'accepterai pas de l'être, je ne le serai pas, c'est aussi simple que cela.

Je veux retrouver mes pensées vibrantes, les questions insolentes. je veux, je me concentre, j'essaye de redémarrer la machine. Voilà, c'est en route. Je peux presque entendre mon cœur ronronner à nouveau. Penser fun. Pensées décontractées. Ne penser à aucune conséquence, si ce n'est que de rendre l'instant présent plus beau, et plus intéressant encore. Et cet instant, je dois maintenant le consacrer à Yume! Hurry Yume! Raconte moi tout.


"-Rien du tout. En vérité, ces derniers mois, Charles-Henri et moi, nous ne sommes pas disputés une seule fois. Il a été gentil, prévenant. Disponible quand j'avais besoin de lui. Je ne pourrai même pas chipoter; Il n'a été qu'un ange. Il m'a même laissée sortir sans problèmes, aussi tard. Je lui en suis très reconnaissante."

Oh, mais c'est merveilleux! En fait, tout le monde peut changer d'avis et de comportement, même Charles-Henri! Son évolution me plait. Il compris que garder Yume sous cloche n'était pas très sain pour lui, comme pour elle! L'espoir est là, l'espoir est sauf! Et mon amie semble avoir elle-même évolué également, en reconnaissant que son fiancé n'était pas qu'un bourreau sans cœur, mais aussi un être délicat est attentionné! C'est ce qui s'appelle grandir, je crois, et je me rappelle à quel point c'est démesurément utile, et parfois beau. Mais ne vous méprenez pas! Je ne parle pas en méprisant ce qu'est grandir! Je sais ce que c'est, que cela implique d'être responsable et sensée. Seulement, je crois que lorsque l'éternité vous tend les bras et que personne d'autre ne vous prend la main, cela ne devient plus vraiment la priorité.

Je souris, sincèrement contente pour Yume, en plaçant mon menton dans la paume de l'une de mes mains, accoudée sur la petit table. Je me demande même pourquoi elle n'a pas déclamé ses dernières phrases avec plus d'entrain! C'est plutôt une sacrée bonne nouvelle! Mais il faut croire que ce n'est plus cela, le sens de son obsession. Ou alors est-ce justement cela le problème? A présent que tout est plus facile, elle s’ennuie, et finit même peut être par regretter le Charles-Henri jaloux et beaucoup trop possessif qu'il était avant! Comme je la comprends.

"-Mais toi Emily... Tu ne m'as pas dit. Pourquoi cherches tu à trouver Full Saber...? Tu dois le connaître, pour en être aussi... intéressée. Tu n'es pas obligée de me dire, si tu n'en as pas envie...C'est peut-être un sujet sensible.. ! Mais si je peux t'aider en quoique ce soit... J'aimerai me rendre utile. "

Je ne fis pas varier mon expression d'un pouce pendant qu'elle parlait. Alors que dans mon esprit, cette innocente question eu l'impact délicat d'une détonation de poudre à canon. C'est comme si je pouvais mettre l'univers sur pause, et sentir mes neurones s'enflammer, puis exploser un à un, dans un effet de ralenti mesuré.
Je n'ai pas d'ami. En tout cas, personne que je considère en tant que tel à présent. Toutes mes fréquentations et connaissances avancées sont parties de l'autre côté, ou alors m'ont abandonnée. A part toi, Yume. Et cela me rassure un peu. Mais cela me fait culpabiliser également, parce qu'à toi, je ne pourrais pas mentir. Alors que j'ai pris l'habitude de rester enfermée dans mon monde chimères et de délires passionnées, je ne sais absolument pas si je suis prête à t'ouvrir ma porte. Et je n'ai pas besoin d'aide. Je n'ai jamais besoin d'aide.

Ce ne sont plus de simples fourmillements qui envahissent mon crâne à présent. C'est une véritable cacophonie! Je me reprends des morceaux de phrases dans la figure, des instants de détresses à peine dissimulés, la plupart du temps entièrement cachés dans un coin de mon crâne. Oh, tu es si sensible, Emily, tu es fragile comme un petit bouton de fleur gelé, qu'on aurait aucun mal à faire éclater en morceau sous le poids d'une femelle servante... Une semelle fervente, pardon.
Le monde s'écroule sous mes pieds. C'est si dur de me remettre en question sur ce point. Je sens que l'air devient difficilement respirable l'espace d'un instant, et je sais ce qui est en train de se passer. Depuis que Yume a posé sa question, il ne s'est pas écoulé plus de cinq secondes, mais ce fut suffisant pour moi, et pour mon impulsivité. De l'air! Du calme.

Brusquement, je me relève, faisant choquer mes jambes contre la table centrale. Cette cabine est déjà devenue trop petite pour moi. J'étouffe. Les trains sont peut-être charmants, mais leurs pièces si confinées, si optimisées ont quelque chose d'oppressant. Je ressens le besoin de m'enfuir en courant. Qu'est ce qui ne tourne pas rond, ici? Certainement pas les roues du véhicule qui nous transportent dans une harmonie aussi factice que sensible. D'un mouvement chaotique, je parviens à atteindre le couloir de la voiture, désert de toute présence. Les fenêtres alignées en rangée m'offrent un panorama des plus divins sur la ville somnolente, mais je ne m'y attarde guère, et m'avance en reculant vers la queue du train. Nous étions dans le dernier wagon, je sais ce qui nous attend derrière cette ultime porte.
Avec une force démesurée, j'ouvre le battant qui ne me résiste pas le moins du monde et pivote avec fracas. Heureusement que personne ne se trouve derrière. Comme je l’espère, la plateforme arrière est vide et l'air glacial me fouette le visage avec une tendresse inespérée. Je respire un grand coup. Je me demande même si je ne vais pas crier. Finalement, je me contiens.

Yume m'a bien entendu suivie. A la fois intriguée et inquiète, je crois qu'elle attend sa réponse. Je donnerais n'importe quoi pour qu'en un claquement de doigt, elle oublie tout de ces cinq dernières minutes, et que je puisse rebondir sur une anecdotes amusantes qui n'ai rien à voir avec cela. Mais je ne peux pas fuir éternellement, autant aller droit au but. Et puis, je commence à prendre conscience que je suis en train d'en faire des tonnes, ce qui a le don de m'agacer encore plus contre moi-même. Accoudée à la barrière, je me mets à regarder la Lune.

"Ahah ! Je doute que tu puisses m'aider, Yume, même si c'est gentil de proposer. Mais honnêtement, vraiment, sincèrement, je suis un cas désespérée. Et pour ce qu'il se passe avec Full, et bien je dirais que c'est compliqué. Et encore, s'il n'y avait que Full...."

Finalement, c'est Moon qui avait raison. Je suis une vraie victime. Je jette un regard bref vers l'arrière, remarquant le vent d'est qui commence à jouer avec ses cheveux. Yume est couverte mais pas excessivement pour palier à la température actuelle. Même si je ne ressens aucun inconfort, je préfère m'assurer qu'elle ne va pas trouver l'endroit pénible :


"Pas trop froid?"


Dernière édition par Emily le Lun 15 Jan - 18:50, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Yume

avatar

Messages : 772
Date d'inscription : 18/01/2014
Age : 16
Localisation : Près du bar

Feuille de personnage
Points de folie: 228
Démence:
1/7  (1/7)
Expérience:
150/1000  (150/1000)

MessageSujet: Re: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   Lun 15 Jan - 18:06

Emily ne frémit pas d'un cil à l'entente de cette question risquée. Son regard perçant, posé sur moi, paisible et clair m'inspirait des étendues pastelles n'existant qu'en peintures. J'esquissais un sourire rassuré. Mes inquiétudes étaient donc de nouveau infondées..! Ce n'était finalement, pas si étonnant; Si elle désirait à tout prix éviter une épine logée dans son cœur, aurait elle invitée une fouine dans son repaire, où tout l'exposait ? Amener abruptement le sujet pour n'attiser que davantage la curiosité semblait également exclu. Je me savais être son amie, mais Emily était une nature discrète, mystérieuse. C'était ainsi !
A y réfléchir davantage, je ne savais rien sur elle. Bien sûr, j'avais connaissance de son secret, sa malédiction. Mais me l'avait elle avoué de son plein gré ? Piégée, elle n'avait pas eu autre choix que de me le révéler, pour le meilleur comme pour le pire. Roulette Russe. Bang bang.

Sa famille ? Nada, mais sûrement morte. Ses autres fréquentations ? Rien à ma connaissance. Une tendre romance ? Pas un seul indice. Qu'est ce qui la retenait même à Londres ? Si j'étais immortelle, j'aurais parcouru le monde ! Je serai allée en France, aux Etats-Unis, en Chine ! ...Peut-être même aurai-je croisé je AK, grisonnant, époux et père, cloîtré dans une petite chaumière. Je l'aurai regardé dans les yeux avec condescendance et... Nous nous éloignions du chemin. Restons donc sur les rails, comme ce train paresseux.

Pourquoi donc rester dans une ville dont elle avait déjà fait le tour ? Il ne fallait pas se leurrer, ce n'était pas pour moi. ...Ou venait t-elle d'ailleurs ? Elle n'avait pourtant aucun accent étranger. Une pensée fulgurante qui me laissait perplexe. Chaque fois que nous posions pour discuter, nous ne parlions que de ma vie. Comme c'est égoïste. Je posais bien des questions bien sûr, mais elle ne me parlait que de ses lubies passagères. Peindre avec les orteils, Graver une planche d'écorce... Emily était une artiste. Elle avait du temps à tuer, durant la journée ! Pas de mentions au passé cependant. Pas une d'importance. Il était temps que je m'y intéresse, si c'était indolore. Ma question constituait un bon départ. J'avais hâte de découvrir ce qu'elle avait à me d...

Un bruit sourd accompagné d'une secousse me prit de court. Une seconde d'inattention qui m'étourdit.
Mon amie s'était levée d'un bond furieux, se cognant violemment contre la table devant nous. Un battement de cils, et son expression s'était métamorphosée; Ses prunelles précédemment reposées dégageaient un chaos intérieur, une confusion, une peur... Une douleur...?? Alors que je me levai rapidement à mon tour et ouvris la bouche, elle se jeta de tout son corps sur la porte coulissante. D'un geste désespéré et gauche, elle l'ouvrit et se propulsa à l'extérieur, comme si sa vie en dépendait.

"-Mais..Attends !!"

Mais qu'est ce qui se passait ??! Qu'est ce que j'avais dit ?!


Je repris ma respiration et sans réfléchir, m'élançai à sa poursuite. Tout en gardant sa silhouette grise et agile des yeux, j'accélérai pour ne pas me faire distancer.
Elle ne s'arrêtait pas !!

Cependant, nous étions dans un train; Elle ne pouvait aller bien loin. Arrivée au bout du wagon, elle claqua la porte menant à la plateforme et après quelques dernières foulées, arrêta sa course.

Je ne ralentis tout de même pas le pas, rejoignant ses côtés. Elle n'allait tout de même pas sauter ?!

Inquiète, je scrutai son visage crispé. Ma précédente question était ridicule. Je savais exactement ce que j'avais dit. Des mots qu'à présent, je regrettai amèrement d'avoir prononcé. Ce que j'avais naïvement nommé "question risquée." Une dynamite qui lui avait explosé à la figure. Elle n'était définitivement pas encore prête à s'ouvrir à moi.

La fraîcheur de l'air citadin sembla la soulager quelques peu. Mordant ma lèvre inférieure et tordant silencieusement mes doigts, je continuai d'analyser cette expression, qui était pourtant si difficile à contempler. Une douleur pure. Le voilà, le talon d'Achille d'Emily. Elle qui me semblait si supérieure aux tourments des mortels, je me trouvais de nouveau dans l'erreur. Même si je ne savais rien, j'avais la stupide impression de la comprendre. Ces trois mois de désespoir n'étaient qu'à une heure derrière moi. Mais ma découverte de cette douleur par un nouvel abandon pouvait il rivaliser, même une seconde, avec ce qui liait mon amie à Full Saber ? Je ne le saurai sûrement jamais.

Quelle pensée idiote ! La détresse n'est pas un concours.


Emily posa alors un instant ses yeux torturés sur moi, s'apercevant soudain de ma présence. Mon inquiétude devait être évidente. Qu'importe cette question stupide ! Je ne voulais pas que ma curiosité blesse ma meilleure amie. Alors qu'elle semblait se détendre, j'avais sans scrupules gratté une plaie profonde. Mais revenir dans le temps était impossible, je le savais bien.. Si ça avait été un jour possible, je ne serai même pas ici. Bien plus loin, égoïstement, je revivrai ces instants... De... de...

"Ahah ! Je doute que tu puisses m'aider, Yume, même si c'est gentil de proposer. Mais honnêtement, vraiment, sincèrement, je suis un cas désespérée. Et pour ce qu'il se passe avec Full, et bien je dirais que c'est compliqué. Et encore, s'il n'y avait que Full...."


Elle riait jaune, la tête dans l'axe de la lune. "Un cas désespéré"...? Malgré moi, ma curiosité et mon inquiétude ne firent que me ronger plus encore. "Compliqué"...? "S'il n'y avait que Full"...? Ces énigmes ne soulevaient que davantage de questions. Une telle douleur était bien synonyme d'amour. Emily et Full ? Bien qu'ils étaient tous deux de grands caractères, j'avais du mal à le voir. Le caractère bien trempé de mon amie s'opposait trop au caractère misogyne de l'inspecteur... Et elle avait mentionné d'autres personnes... Je ne la pensais pas polyamoureuse !

Je réfléchis davantage. Je ne pensais qu'à la face romantique de la chose. L'amour familial était tout aussi puissant. Je ne savais pas quand Emily était décédée... Full Saber pouvait il être le petit frère, ou neveu de la défunte ? Une raison valable pour elle de rester à la capitale, tout comme son obsession pour lui. Il ne connaissait pas son existence ou la croyait morte, et elle ne pouvait essayer d'entrer en contact avec lui que la nuit... De quoi désespérer. Elle aurait pu tenter de retrouver tous les membres de sa famille...?

Je manquais de preuves, et quelque chose ne collait pas. J'étais à court de spéculations. Ce qui n'était pas la priorité actuelle. Je réfléchirai plus tard.

"Pas trop froid?"

Je secouai la tête. Le temps n'était pas ce qui me préoccupait actuellement; De plus, mon cerveau était bien trop actif pour laisser mon corps refroidir. La fraîcheur était même la bienvenue. Doucement, je m'approchai d'elle et posai ma main sur son épaule, essayant d'être réconfortante. Je lui souris gentiment.

"-Ecoute Emily... Je suis désolée d'avoir posé une telle question. Je ne me doutais pas que ça t'affecterait autant..."


Je baissais un instant les yeux.

-"Tu n'as pas à m'en dire plus. Je comprends que tu ne te sentes pas prête. Tu t'ouvriras à moi au moment venu.. Toi comme moi, on a tous nos secrets... "

Je la pris dans mes bras.

-"Je sens que toutes les deux, on a besoin de penser à autre chose."


Une idée me vint, je lâchais ma prise.

-"Si tu veux, on peut descendre au prochain arrêt. Et on s'amuse. On se défoule, même si ce n'est pas raisonnable. Entre amies. Si je ne peux pas t'aider à régler ton problème, je pourrai au moins t'alléger l'esprit ce soir. "

_________________

Une petite poupée dans un monde d'adulte
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Retrouvailles ferroviaires (Emily)   

Revenir en haut Aller en bas
 
Retrouvailles ferroviaires (Emily)
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Des retrouvailles tragiques...
» Retrouvailles percutantes...[London]
» Fin du rp: Retrouvailles {OK}
» [TERMINE] Retrouvailles inattendues [Chase]
» Combat #1: Emily vs Kim

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Burtonmania :: Section RP :: London :: Dans les rues de Londres-
Sauter vers: